GÉNÉTIQUE × ÉVOLUTION HUMAINE

La persistance de la lactase

il y a ~7 500 ans

Phanérozoïque · Cénozoïque · Quaternaire · Holocène · Northgrippien

La lactase, l’enzyme qui dégrade le sucre du lait, cesse d’être produite après le sevrage chez la plupart des mammifères, mais un variant génétique répandu en Europe à partir d’il y a environ 7 500 ans la maintient active toute la vie.

La persistance de la lactase est le maintien à vie de la production de lactase, l’enzyme qui dégrade le sucre du lait. La plupart des mammifères cessent de la produire une fois sevrés. En Europe, la modification d’une seule base de l’ADN, c’est-à-dire d’une seule lettre du texte génétique, en amont du gène de la lactase, maintient ce gène actif à vie. Ce variant, version modifiée de l’ADN, s’est répandu plus vite que presque tout autre variant du génome humain. Plusieurs autres populations, en Afrique et ailleurs, ont acquis la même tolérance au lait par des mutations différentes. C’est un cas d’évolution convergente : un même caractère apparaît plusieurs fois séparément. Les humains consommaient pourtant du lait plusieurs millénaires avant que le variant devienne fréquent. L’avantage sélectif du variant, soit ce qui a favorisé ses porteurs, ne peut donc pas se réduire au lait.

Une servante verse du lait : La Laitière, peinte par Johannes Vermeer vers 1660. Rijksmuseum, Amsterdam.
Une servante verse du lait : La Laitière, peinte par Johannes Vermeer vers 1660. Rijksmuseum, Amsterdam.Johannes Vermeer, Rijksmuseum, domaine public

Pourquoi c’est important

La persistance de la lactase est le cas le mieux établi d’une pratique, la consommation de lait, qui modifie un génome, et cette modification s’est produite plusieurs fois, dans des populations distinctes. L’avantage qu’a procuré le variant européen ne venait peut-être pas des repas ordinaires mais des périodes de famine et de maladie. Dans ces périodes, boire un lait que l’on ne digère pas est un risque et non plus un inconfort.

Datation et incertitude

La date affichée est celle où le variant est soumis à la sélection naturelle, c’est-à-dire où ses porteurs laissent plus de descendants que les autres. Cette sélection s’est exercée chez des agriculteurs qui pratiquaient l’élevage laitier, dans une région comprise entre les Balkans centraux et l’Europe centrale. Les chercheurs estiment la date à partir de l’ADN ancien, extrait de restes humains, et de la longueur du segment de chromosome transmis avec la mutation. La rapidité de la diffusion du variant est discutée : le lait était consommé depuis des millénaires quand le variant est devenu fréquent. Dans l’étude d’Evershed et ses collègues (2022), les modèles les mieux ajustés aux données expliquent cette diffusion par la famine et la maladie plutôt que par la seule pratique laitière.

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