Climats du passé· Sous la frise
Le climat sur Terre depuis sa formation
4,54 Ga → Aujourd’hui
Sous la frise chronologique de Deep Time, deux bandes de couleur représentent l’évolution de la température moyenne du globe et de la quantité de CO₂ (dioxyde de carbone) dans l’atmosphère, depuis la formation de la Terre.
Leurs valeurs proviennent de mesures, de reconstitutions publiées, de calculs de modélisations mathématiques et, avant 4,4 milliards d’années, de l’état de la surface tel que des études le décrivent.
01Ce que signifient les couleurs et les motifs
La bande du haut représente la température moyenne du globe par son écart à la moyenne des années 1850-1900, période que le GIEC, le groupe d’experts sur le climat réuni par les Nations unies, retient pour représenter le climat d’avant l’industrie. Un écart nul correspond à environ 14 °C, d’après les chiffres publiés par Jones et ses collègues en 1999 1. La bande du bas représente la quantité de CO₂ dans l’atmosphère, en multiples de son niveau de 1850-1900.
Les bleus désignent un globe plus froid qu’en 1850-1900, les orangés un globe plus chaud, et le noir, au milieu de la barre, un écart nul. Les couleurs changent davantage par degré quand l’écart est faible : une variation d’un degré à notre époque se distingue ainsi aussi nettement qu’une variation de dix degrés au Crétacé, il y a 143 à 66 millions d’années.
Bande coupée en deux : deux estimations pour les mêmes dates, l’une dans la moitié haute, l’autre dans la moitié basse. Sur quatre tronçons, ce sont deux études de la température moyenne du globe dont les valeurs diffèrent, chacune à lire sur la barre des couleurs. Sur le cinquième, il y a 3,5 à 3,2 milliards d’années, la moitié basse représente une autre grandeur, la température de l’eau de mer. Elle est estimée entre 55 et 100 °C d’après les cherts, des roches faites de silice qui se sont formées dans des sédiments marins et dont la composition en oxygène dépend de la température de l’eau, à condition que l’eau de mer ait eu alors la même composition qu’aujourd’hui 2, 3, 4 ; deux autres études la placent sous 40 °C 5, 6. Trop chaude pour la barre, cette moitié est marquée au-dessus de l’échelle. Au survol de la bande, ou quand on la touche, un panneau s’ouvre et affiche les deux valeurs, chacune avec le nom de son étude.
Hachures : une température calculée par une modélisation mathématique, c’est-à-dire des équations qu’un programme informatique résout pour simuler l’évolution du climat (voir « Il y a plus de 539 millions d’années »). La modélisation est calculée un grand nombre de fois, avec des réglages différents : la bande représente la valeur centrale de ces calculs, et les hachures indiquent leur dispersion. Espacées : à une même date, 95 % des résultats tiennent dans un intervalle de moins de 10 degrés. Serrées : ils se dispersent sur plus de 10 degrés, et la température représentée est moins sûre.
Pointillés blancs : une glaciation, période froide où les glaciers s’étendent sur de vastes régions. Les deux bandes ne signalent ainsi que les glaciations antérieures à 539 millions d’années, dont le dernier tableau de cette fiche indique les dates et les sources : la modélisation mathématique de Krissansen-Totton et ses collègues 7, dont proviennent les valeurs de ces temps-là, ne simule pas les glaciations, et les bandes n’affichent alors aucune de ses valeurs. Les glaciations plus récentes, comme la dernière période glaciaire, se lisent dans les bleus des reconstitutions. Lors des deux épisodes de Terre boule de neige, il y a 717 à 660 puis 639 à 635 millions d’années, les glaciers atteignent la mer jusqu’à l’équateur ; deux modélisations mathématiques du climat d’une Terre englacée estiment alors la température moyenne du globe inférieure à −50 °C au moment le plus froid 8, 9, bien en dessous du bas de l’échelle.

Rouge-orangé uni : une surface fondue. Plus pâle pendant la formation de la Terre, quand chaque grand impact en fait fondre la surface pour un temps ; plein ensuite, quand un océan de magma couvre la planète entière (voir « Il y a plus de 539 millions d’années »).
Orangé bordé de blanc en haut : une température au-dessus de l’échelle, à plus de 24 degrés au-dessus de la moyenne de 1850-1900. La bande en signale deux : la surface, entre 200 et 230 °C, après l’océan de magma, et l’eau de mer, entre 55 et 100 °C d’après les cherts, une estimation contestée, il y a 3,5 à 3,2 milliards d’années.
Dans la légende de la frise, la barre du CO₂ est graduée en multiples du niveau de 1850-1900 : l’air contenait alors en moyenne 289 molécules de CO₂ pour un million de molécules d’air, d’après l’air piégé dans les glaces de l’Antarctique 10. L’échelle est logarithmique : de × 1 à × 10, la distance est la même que de × 10 à × 100. Ses repères et ses couleurs s’étendent du niveau de CO₂ le plus bas au plus haut de la partie de la frise à l’écran : une même couleur désigne donc une quantité différente d’une vue à l’autre, alors que les couleurs des températures ne changent pas. Avant 539 millions d’années, le multiple s’applique à la pression du CO₂, comparée à celle de 1850-1900 ; les deux multiples ne coïncident que si l’atmosphère de ces temps-là exerçait, comme aujourd’hui, une pression d’environ 1 bar (voir « Deux unités pour le CO₂ »).
02D’où viennent les valeurs
Sur chaque tronçon de la frise, les bandes s’appuient sur une étude, ou sur deux, l’une au-dessus de l’autre, quand deux études couvrent les mêmes dates. Au raccord de deux tronçons, la couleur change d’un coup : chaque étude garde ses propres valeurs. Le GIEC procède de même dans une figure de son sixième rapport, paru en 2021, qui représente l’évolution passée de la température du globe. Les températures publiées en degrés Celsius sont converties en écart à la moyenne de 1850-1900, et la modélisation de Krissansen-Totton et ses collègues a été exécutée pour cette frise (voir « Il y a plus de 539 millions d’années »).
Les tableaux distinguent deux façons d’obtenir une valeur. Une reconstitution part d’indices mesurés dans des archives naturelles, roches, fossiles, sédiments ou glace, dont la composition dépend de la température ou du CO₂ de leur époque ; certaines, comme celles d’Osman et de Judd, combinent ces indices avec une modélisation du climat pour passer de quelques lieux à la moyenne du globe. Une modélisation mathématique calcule au contraire la température et le CO₂ à partir d’équations qui décrivent les échanges de carbone entre l’air, l’océan et les roches, là où les indices manquent. C’est une modélisation, celle de Berner et Kothavala 11, qui fournit le CO₂ de 539 à 420 millions d’années, faute d’estimations tirées des fossiles pour cette période. Les études de chaque tronçon sont nommées dans les tableaux qui suivent, du plus ancien au plus récent, puis celles qui datent les glaciations.
| Période | Source | Nature |
|---|---|---|
| Il y a 4,54 à 4,48 milliards d’années | Nikolaou 201912 | état décrit par les études : surface fondue à chaque grand impact |
| Il y a environ 4,48 milliards d’années | Zahnle 200713 et 201514 | état décrit par les études : océan de magma |
| Il y a 4,48 à 4,47 milliards d’années | Zahnle 200713, Kadoya 202015 | état décrit par les études : surface entre 200 et 230 °C, sous environ 100 bar de CO₂ |
| Il y a 4,47 à 4,4 milliards d’années | Zahnle 200713, Kadoya 202015 | état décrit par les études : refroidissement, de durée incertaine, représenté par un dégradé |
| Il y a 4,4 à 4 milliards d’années | Kadoya 202015 | modélisation mathématique |
| Il y a 4 à 3,5 milliards d’années | Krissansen-Totton 20187 | modélisation mathématique |
| Il y a 3,5 à 3,2 milliards d’années | moitié hauteKrissansen-Totton 20187 | modélisation mathématique |
| moitié basseKnauth et Lowe 20032, Lowe 20203, McGunnigle 20224 ; une mer plus froide, sous 40 °C, selon Hren 20095, Blake 20106 | eau de mer, d’après des cherts | |
| Il y a 3,2 milliards à 538,8 millions d’années | Krissansen-Totton 20187 | modélisation mathématique |
| Il y a 538,8 à 486,85 millions d’années | Scotese 202116 | reconstitution |
| Il y a 486,85 à 66 millions d’années | moitié hauteScotese 202116 | reconstitution |
| moitié basseJudd 202417 | reconstitution | |
| Il y a 66 à 5,33 millions d’années | moitié hauteWesterhold 202018 | reconstitution |
| moitié basseJudd 202417 | reconstitution | |
| Il y a 5,33 à 2 millions d’années | Judd 202417 | reconstitution |
| Il y a 2 millions d’années à 24 000 ans | Snyder 201619 | reconstitution |
| Il y a 24 000 à 12 000 ans | moitié hauteOsman 202120 | reconstitution |
| moitié basseSnyder 201619 | reconstitution | |
| Il y a 12 000 à 2 000 ans | moitié hauteOsman 202120 | reconstitution |
| moitié basseKaufman 202021 | reconstitution | |
| De l’an 1 à 1849 | PAGES 2k 201922 | reconstitution |
| De 1850 à 2025 | Morice 202123 | mesures |

| Période | Source | Nature |
|---|---|---|
| Il y a 4,48 à 4,47 milliards d’années | Zahnle 200713 | état décrit par les études : surface entre 200 et 230 °C, sous environ 100 bar de CO₂ |
| Il y a 4,47 à 4,4 milliards d’années | Zahnle 200713, Kadoya 202015 | état décrit par les études : baisse du CO₂, de durée incertaine, représentée par un dégradé |
| Il y a 4,4 à 4 milliards d’années | Kadoya 202015 | modélisation mathématique |
| Il y a 4 milliards à 538,8 millions d’années | Krissansen-Totton 20187 | modélisation mathématique |
| Il y a 538,8 à 419,5 millions d’années | Berner et Kothavala 200111 | modélisation mathématique |
| Il y a 419,5 à 66 millions d’années | Foster 201724 | fossiles et sols anciens |
| Il y a 66 millions d’années à 800 000 ans | CenCO2PIP 202325 | fossiles et sols anciens |
| D’il y a 800 000 ans à 1958 | Bereiter 201510 | air piégé dans la glace |
| De 1959 à 2025 | NOAA 202626 | mesures |

| Période | Source | Glaciation |
|---|---|---|
| Il y a environ 2,9 milliards d’années | Young 199827 | glaciation de Pongola |
| Il y a 2,45 à 2,22 milliards d’années | Rasmussen 201328, Kasting et Ono 200629 | glaciations huroniennes |
| Il y a 717 à 660 millions d’années | Hoffman 201730 | glaciation sturtienne |
| Il y a 639 à 635 millions d’années | Hoffman 201730 | glaciation marinoenne |
| Il y a environ 580 millions d’années | Pu 201631 | glaciation de Gaskiers |
03Il y a plus de 539 millions d’années
Les reconstitutions de la température moyenne du globe retenues pour la frise s’arrêtent au début du Cambrien, il y a 539 millions d’années. Pour les temps plus anciens, les deux bandes représentent d’abord l’état de la surface tel que des études le décrivent, puis les résultats de deux modélisations mathématiques, qui calculent les échanges de carbone entre l’air, l’océan et les roches. La pluie décompose lentement les roches, et cette altération retire du CO₂ de l’air, tandis que les volcans en rejettent. Le CO₂ retient une partie de la chaleur que la Terre rayonne vers l’espace : plus l’air en contient, plus la surface est chaude.
Pendant la formation de la Terre, la surface fond à chaque grand impact 12. Ensuite, la jeune Terre entre en collision avec une autre jeune planète, et les débris de ce choc forment la Lune. La collision fait fondre toute la surface, couverte pendant 2 à 10 millions d’années d’un océan de magma 13, 14 ; la bande des températures représente ces deux états en rouge-orangé uni.
Une fois l’océan de magma solidifié, la surface reste entre 200 et 230 °C 13, 15. L’atmosphère est alors faite surtout de CO₂, à une pression d’environ 100 bar, cent fois la pression de l’air au sol aujourd’hui 13 ; la bande du CO₂ commence avec cet état. La surface se refroidit ensuite à mesure que le CO₂ de l’air se dissout dans l’océan et se fixe dans les roches du fond : en 10 millions d’années si le fond des océans entraîne presque tout ce carbone en profondeur, en plusieurs dizaines de millions d’années sinon 13, 15. Faute de durée établie, les deux bandes représentent ce refroidissement par un dégradé jusqu’aux premières valeurs calculées.

D’il y a 4,4 à 4 milliards d’années, les bandes représentent les résultats publiés par Kadoya et ses collègues en 2020 15. Leur modélisation mathématique ajoute aux mécanismes précédents l’altération des débris projetés par les impacts de météorites, qui retire elle aussi du CO₂ de l’air. D’il y a 4 milliards à 539 millions d’années, les bandes représentent les résultats de la modélisation mathématique de Krissansen-Totton et ses collègues 7, exécutée 10 000 fois pour cette frise avec le programme écrit par ses auteurs. À chaque calcul, les 22 réglages de cette modélisation, des grandeurs mal connues dont dépend le résultat, ont été tirés au sort entre les limites fixées par les auteurs. À chaque date, les bandes représentent la valeur centrale de ces 10 000 résultats, leur médiane : la moitié des résultats sont plus élevés, l’autre moitié plus bas.
04Deux unités pour le CO₂
Pour les 539 derniers millions d’années, le panneau qui s’ouvre sur la bande attribue au CO₂ une unité en ppm, ou parties par million : le nombre de molécules de CO₂ pour un million de molécules d’air, la grandeur que mesurent ou estiment les études portant sur cette période. Pour les temps plus anciens, il lui attribue une unité de pression, le bar, pour exprimer la pression qu’exercerait le CO₂ s’il était seul dans l’atmosphère, la grandeur que calculent les modélisations mathématiques des temps plus anciens. Passer du bar aux ppm demanderait de diviser la pression du CO₂ par celle de toute l’atmosphère, puis de multiplier par un million ; or la pression de l’atmosphère de ces temps-là est mal connue, et a pu être bien plus forte qu’aujourd’hui.