ENVIRONNEMENT
Le voile de poussière de 536
536
Histoire · Moyen Âge · Holocène · Méghalayen
En 536, une éruption volcanique a obscurci le ciel pendant des mois, et des témoins byzantins ont comparé l'éclat du soleil à celui de la lune.
Le voile de poussière de 536 désigne l'obscurcissement atmosphérique observé cette année-là pendant plusieurs mois, décrit par des témoins byzantins comparant l'éclat du soleil à celui de la lune. Les cernes d'arbres et les carottes de glace en établissent la cause, une éruption volcanique de grande ampleur. Le mécanisme est connu : une éruption de cette taille injecte du soufre dans la stratosphère, où il forme de fines gouttelettes qui réfléchissent la lumière solaire vers l'espace pendant un à deux ans, à une altitude que les précipitations n'atteignent pas. D'autres éruptions suivent en 540 et 547. Les cernes d'arbres des Alpes et de l'Altaï, un massif d'Asie centrale, montrent ensuite un refroidissement de plus d'un siècle. Dans les simulations de van Dijk et ses collègues, une modélisation mathématique du climat appliquée aux éruptions des VIe et VIIe siècles ne fait apparaître qu'un refroidissement d'une vingtaine d'années, tout comme une compilation de cernes de l'ensemble de l'hémisphère nord. Les récoltes sont affectées, et la peste de Justinien survient cinq ans après le premier épisode.
Pourquoi c’est important
L'épisode associe en quelques années un forçage volcanique, une crise alimentaire, une pandémie et des difficultés politiques dans plusieurs États, de l'Empire romain d'Orient à la Perse sassanide. Il documente en outre le passage d'un événement connu par les seules sources narratives à un événement mesuré, daté et attribué par les archives naturelles.
Datation et incertitude
Les cernes de l'hémisphère nord situent le refroidissement le plus marqué entre la mi-juillet et le début d'août 536 ; cette précision tient à la nature du support, un cerne enregistrant la croissance d'une saison entière, si bien qu'un refroidissement brutal laisse une marque à une position mesurable dans l'anneau annuel. Büntgen et ses collègues, qui ont proposé le nom de petit âge glaciaire tardo-antique (de la fin de l'Antiquité), décrivent une phase froide ouverte par les éruptions de 536, 540 et 547 et durant jusque vers 660, probablement prolongée par l'océan et la banquise, qui entretiennent le froid une fois installé, et par une période de faible activité solaire. Dans l'hémisphère sud, l'étude de l'anatomie du bois, c'est-à-dire de la structure des cellules de chaque cerne, ne montre pas la marque du refroidissement de 536, sans que la cause de cette absence soit établie.
L’histoire de l’espèce en une journée
23:53:116 min 49 s avant minuit
si les 315 000 ans d’Homo sapiens étaient ramenés à un seul jour