La frise de la préhistoire
Quatre lectures du même temps, et elles ne coïncident pas. Les âges et les périodes découpent l’histoire des hommes ; le rythme glaciaire découpe le climat, et il n’a aucune raison de s’y aligner — quatre des huit bandes climatiques ne tiennent dans aucune période. L’Holocène est de celles-là : il s’ouvre il y a 11 726 ans, quand l’Histoire s’ouvre à 5 300, avec l’écriture, dont le climat n’a rien su. D’où quatre colonnes et non un emboîtement. L’autre chose que les frises scolaires taisent : la plupart de ces bornes sont conventionnelles ou régionales. Le Néolithique commence il y a 11 700 ans environ en Asie du Sud-Ouest, des millénaires plus tard ailleurs, et dans certaines régions jamais.
25 bandes, sur quatre rangs
Une borne de période est une décision avant d'être une date. Là où les deux divergent, la fiche dit laquelle est laquelle.
Âge
Avant Sapiens
350 ka → 315 kaLa frise ne commence pas avec l'espèce, elle commence un peu avant, pour que le commencement ait de quoi se mesurer. Cette bande est cette marge : trente-cinq mille ans d'élan, qui s'arrêtent aux plus anciens fossiles qu'un spécialiste dirait des nôtres.
Deux incertitudes se rencontrent ici, et elles n'ont pas la même taille. La mesure porte une erreur de 34 000 ans, avouée et bornée.
Voir sur la frisePaléolithique
315 ka → 11,7 kaTrois cent mille ans où l'on ne travaillait la pierre qu'en la brisant, et où rien de ce qu'un lecteur d'aujourd'hui appellerait une institution n'existait. C'est de très loin la plus longue bande de cette frise, et celle qui rend toutes les autres lisibles : tout ce qui suit l'agriculture tient dans la mince lisière de sa droite.
Le mot a été inventé dans l'Europe du XIXe siècle et il voyage mal. Les archéologues africains découpent le même intervalle en Early, Middle et Later Stone Age.
Voir sur la friseNéolithique
11,7 ka → 3 275 av. J.-C.On cesse de suivre sa nourriture pour la faire pousser. En six millénaires, l'espèce devient sédentaire, beaucoup plus nombreuse, et dépendante d'une poignée de plantes qu'elle a remodelées. C'est encore la condition de presque tout le monde.
Il n'y a pas un Néolithique, et le traiter comme un événement unique est l'erreur la plus courante à son sujet. L'agriculture a été inventée indépendamment.
Voir sur la friseHistoire
3 275 av. J.-C. → 2026La bande où le passé se met à parler de sa propre voix. Non qu'il s'y passe davantage, mais parce que quelqu'un s'est mis à écrire, et qu'une part de ce qu'il a écrit a survécu.
C'est la borne la plus locale de la frise, et celle qu'il vaut le plus la peine de regarder de travers. L'écriture apparaît en Mésopotamie il y a environ 5 300 ans.
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Période
Paléolithique moyen
315 ka → 50 kaPendant deux cent soixante-cinq mille ans, la façon de faire un outil ne change presque pas, tandis que presque tout le reste change chez notre espèce. C'est le monde technique où Homo sapiens apparaît, se répand en Afrique, et en sort.
Aucun des deux bords n'est une date au sens où une bataille en a une. Celui de gauche suit le plus ancien assemblage bien daté, ce qui renseigne sur l'état.
Voir sur la frisePaléolithique supérieur
50 ka → 11,7 kaEn l'espace de quelques millénaires, et dans presque toute l'Eurasie, ce que les gens laissent derrière eux change de nature : de longues lames régulières, des outils en os et en bois de cervidé, des perles portées sur le corps, des animaux peints sur les parois, et des tombes garnies pour les morts.
L'ouverture à 50 000 ans est une convention arrondie, et généreuse. Des assemblages dits du Paléolithique supérieur initial sont datés d'avant 45 000 ans en Bulgarie.
Voir sur la friseNéolithique
11,7 ka → 3 275 av. J.-C.On cesse de suivre sa nourriture pour la faire pousser. En six millénaires, l'espèce devient sédentaire, beaucoup plus nombreuse, et dépendante d'une poignée de plantes qu'elle a remodelées. C'est encore la condition de presque tout le monde.
Il n'y a pas un Néolithique, et le traiter comme un événement unique est l'erreur la plus courante à son sujet. L'agriculture a été inventée indépendamment.
Voir sur la friseÂge du bronze
3 275 av. J.-C. → 1 175 av. J.-C.Un alliage que personne ne peut faire seul. Le cuivre vient d'une région, l'étain d'une autre, souvent lointaine, et le métal n'existe que là où les deux se rejoignent. L'âge du bronze est donc celui où la distance devient un fait économique.
Le nom décrit une technique, et les techniques voyagent à leur propre allure. Le travail du bronze n'atteint le sud-ouest de la Chine et l'Asie.
Voir sur la friseÂge du fer
1 175 av. J.-C. → 801 av. J.-C.Le fer est plus difficile à travailler que le bronze, et bien plus facile à trouver. Là où le bronze dépendait de routes commerciales qu'un rival pouvait couper, le fer se tirait du sol presque partout, et une lame correcte est passée à la portée de gens qui n'auraient jamais pu s'offrir l'ancien métal.
Ses bornes sont les dates rondes des manuels européens et proche-orientaux. Ailleurs, la séquence qu'elles supposent se défait : en Afrique subsaharienne.
Voir sur la friseAntiquité
801 av. J.-C. → 500La portion du passé où la lecture commence à rivaliser avec la fouille. Entre le VIIIe siècle avant notre ère et le Ve de la nôtre, plusieurs États ont tenu des archives assez denses pour qu'on suive leurs récoltes, leurs procès et leurs querelles.
Un cadre européen, et ancien. Sa date de clôture, la chute de l'Empire romain d'Occident, n'a rien signifié en Chine, en Mésoamérique ni dans la plus grande partie.
Voir sur la friseMoyen Âge
500 → 1500Mille ans nommés par ceux qui sont venus après, et nommés comme le creux entre deux âges qu'ils préféraient. Le nom a si bien tenu qu'on oublie aisément qu'il fut une insulte.
Purement conventionnel, ouvertement eurocentrique, et gardé tout de même. L'autre solution serait d'inventer un nom neutre qu'aucun lecteur ne reconnaîtrait.
Voir sur la friseÉpoque moderne
1500 → 1800Trois siècles où les navires relient les continents, et où ce qui advient sur l'un devient le sort d'un autre. C'est là que l'histoire de l'espèce cesse d'être plusieurs histoires parallèles.
Les deux extrémités, vers 1500 et vers 1800, sont des conventions d'enseignement et rien d'autre. Les historiens les contestent, et quelques-uns refusent.
Voir sur la friseÉpoque contemporaine
1800 → 2026Deux siècles où l'espèce passe d'un milliard à huit, et devient la principale force qui transforme la surface de sa propre planète. Rapportés à tout ce qui les précède sur la frise, ils sont une erreur d'arrondi.
La seule bande sans borne de fermeture. Sa date d'ouverture est conventionnelle et varie avec l'auteur et le pays, des années 1780 aux années 1850.
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Stade climatique
MIS 10
350 ka → 337 kaLa frise s'ouvre au milieu d'un stade glaciaire, et c'est la première chose qu'elle montre : cette histoire commence dans un monde froid, non tempéré.
La bande est tronquée au bord gauche de la fenêtre : le stade commence en réalité il y a environ 374 000 ans, bien avant le début de cette frise.
Voir sur la friseMIS 9
337 ka → 300 kaUn stade chaud, et celui où l'on place d'ordinaire les plus anciens fossiles de notre espèce. Si l'espèce a un décor climatique à son origine, c'est celui-là.
Deux datations se rencontrent ici et aucune n'est assez précise pour contraindre l'autre. Les bornes du stade viennent d'une courbe globale lissée.
Voir sur la friseMIS 8
300 ka → 243 kaUn stade froid de cinquante-sept millénaires, pendant lequel l'espèce existe mais laisse peu de traces qu'on ait retrouvées.
Une bande vide sur une frise est ambiguë par nature : elle peut vouloir dire qu'il s'est peu passé, que peu a survécu, ou que peu a été cherché.
Voir sur la friseMIS 7
243 ka → 191 kaChaud par convention, compliqué dans le détail : non pas un interglaciaire, mais une série d'intervalles doux séparés par des épisodes froids, ce qui rappelle utilement tout ce que ces bandes lissent.
La bande cache sa propre structure. Là où un stade est peint d'une seule couleur, le lecteur doit supposer des oscillations dessous.
Voir sur la friseGlaciaire saalien
191 ka → 130 kaSoixante mille ans de froid, et la plus longue période glaciaire que notre espèce ait affrontée jusque-là. Les calottes descendent loin dans l'Europe du Nord, et le Sahara devient une barrière plutôt qu'un corridor.
Le nom est régional, tiré de la géologie glaciaire nord-européenne, tandis que les bornes tracées ici viennent de la courbe isotopique globale.
Voir sur la friseEemien
130 ka → 115 kaLe dernier interglaciaire avant le nôtre, plus chaud que le présent, avec des mers qui se tenaient plusieurs mètres plus haut. Rien, dans le passé récent, ne ressemble autant à une répétition d'un monde chaud.
Le chiffre du niveau marin est une probabilité, non une mesure : il vient de la combinaison de nombreux enregistrements locaux, chacun corrigé des mouvements du sol.
Voir sur la friseDernier glaciaire
115 ka → 11,7 kaCent mille ans de froid, et le stade où notre espèce quitte l'Afrique pour de bon, atteint l'Australie, entre en Europe et passe dans les Amériques. Presque tout ce que porte cette frise s'y produit.
Une seule couleur pour un stade qui, en réalité, oscille violemment. Trois carottes groenlandaises synchronisées y distinguent une longue série.
Voir sur la friseHolocène
11,7 ka → 2026Le stade chaud où nous sommes. Onze mille sept cents ans d'une stabilité inhabituelle, et toute ferme, toute ville, tout État qui ait jamais existé y tient.
C'est l'une des très rares bornes de cette frise qui soit une décision prise délibérément, écrite et votée. Cela n'en fait pas un seuil naturel.
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Sous-stade
Dernier maximum glaciaire
26,5 ka → 19 kaLes sept millénaires et demi les plus froids des cent mille dernières années, quand les calottes atteignaient leur plus grande extension et que l'océan se tenait quelque 130 mètres au-dessous de son niveau actuel.
Un maximum se nomme plus aisément qu'il ne se date. Les différentes calottes ont culminé à des moments un peu différents, et l'intervalle donné ici est la fenêtre.
Voir sur la friseGroenlandien
11,7 ka → 6 237 av. J.-C.Le premier âge de notre époque, de son plancher à un brusque assèchement il y a huit mille deux cents ans. L'agriculture s'y répand, et les premiers villages avec elle.
Ratifié, donc officiel, mais assez récent pour que des géologues se demandent si découper ainsi une seule époque a la moindre utilité.
Voir sur la friseNorthgrippien
6 237 av. J.-C. → 2 251 av. J.-C.L'âge médian de l'Holocène, quatre mille ans où les villes, l'écriture, le métal et les premiers États apparaissent tous, les uns après les autres et pour l'essentiel sans rien s'emprunter.
Défini par la chimie de la glace, non par des événements humains. Le lecteur qui voit les premières villes apparaître dans cet âge doit se garder d'y voir leur cause.
Voir sur la friseMéghalayen
2 251 av. J.-C. → 2026L'âge où nous vivons, ouvert par une sécheresse de deux siècles à laquelle plusieurs des premiers États du monde n'ont pas survécu.
Ratifié en 2018 et critiqué depuis : en partie parce que la synchronie mondiale de la sécheresse est moins assurée que la définition ne le laisse croire.
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La périodisation, et ses sources
- Richter, D., Grün, R., Joannes-Boyau, R., et al. (2017). The age of the hominin fossils from Jebel Irhoud, Morocco, and the origins of the Middle Stone Age. Nature 546, 293–296.
- Walker, M., Head, M. J., Berkelhammer, M., et al. (2018). Formal ratification of the subdivision of the Holocene Series/Epoch: two new GSSPs and three new stages/subseries. Episodes 41(4), 213–223.
- Lisiecki, L. E., Raymo, M. E. (2005). A Pliocene-Pleistocene stack of 57 globally distributed benthic δ18O records. Paleoceanography 20, PA1003.