Peuplement de la Terre· Au-dessus de la frise
Les migrations d’Homo sapiens hors d’Afrique
350 ka → Aujourd’hui
Au-dessus de la frise de Sapiens, un globe animé représente la dispersion d'Homo sapiens hors d'Afrique, date par date.
01Ce qui est visible sur la représentation planétaire
Le globe animé propose une représentation graphique tridimensionnelle du monde à la date indiquée par le curseur vertical sur la frise. On peut déplacer ce curseur à toute date au cours des 350 000 dernières années. Alors que l'on fait glisser le curseur, la planète s'agrandit à l'écran ; quand on le lâche, elle reprend sa taille habituelle. Elle pivote d'elle-même pour permettre de suivre les migrations en cours lors de l'époque explorée. On peut aussi la faire tourner manuellement.

Les côtes et les glaces. Les côtes représentées correspondent à celles de la date choisie, et non à leur configuration actuelle. Elles suivent le niveau de la mer de l'époque, reconstitué par Spratt et Lisiecki 1. Quand la mer était plus basse, des terres aujourd'hui immergées étaient découvertes. Le fond de l'actuel détroit de Béring reliait ainsi la Sibérie à l'Alaska. La Béringie désigne cette terre émergée et les régions voisines, de la Sibérie orientale au nord-ouest du Canada. Les calottes glaciaires sont peintes en gris bleuté. Peltier et ses collègues 2 les ont reconstituées pour les 26 000 dernières années seulement. Pour les dates plus anciennes, la planète ne montre aucune calotte, même là où il y en avait.
Les trajets. Une lignée est un ensemble de groupes humains qui descendent d'un même groupe ancestral. Chaque trajet représente le déplacement d'une lignée ; il se prolonge à mesure que l'on fait glisser le curseur vers le présent. Une lignée peut suivre plusieurs trajets. Chaque lignée a la couleur de sa région d'arrivée. Les trajets sont orangés pour l'Asie du Sud-Ouest, dorés pour le Sahul, verts pour l'Europe, bleu-vert pour les Amériques et bleus pour le Pacifique lointain, la Polynésie orientale. Le trajet gris est celui de la lignée orientale, celle des ancêtres des populations d'Asie de l'Est. Les lignées des Amériques et du Pacifique lointain en sont issues.
Les destinations. Le ruban des migrations, sous la frise, donne la date d'arrivée de chaque lignée dans différentes régions du globe. Sur la planète, un point de la couleur de la lignée marque cette arrivée. Le trajet gris de la lignée orientale finit sur un point gris clair : ce point marque la grotte de Tianyuan, en Chine. Un clic sur un point ouvre la fiche correspondante, comme sur le ruban de la frise.
Les terres colorées. L'Afrique continentale a sa propre couleur, un rouge brique. Elle se colore entièrement il y a 315 000 ans. Hors d'Afrique, une terre prend la couleur du premier trajet qui passe près d'elle.
Le Sahul, l'Europe et les Amériques. La coloration de chacun de ces territoires est une représentation graphique qui symbolise l'installation des humains dans la région après leur arrivée.
02Comment les trajets sont tracés
Entre deux étapes, chaque trajet suit le chemin le plus facile à parcourir, qu'on appelle le chemin de moindre coût. Il évite autant que possible la haute montagne, les glaces et la mer. Kealy et ses collègues 3 ont calculé de tels chemins pour reconstituer la traversée de l'Asie du Sud-Est vers le Sahul. Le calcul tient compte des côtes et des glaces de la date où le trajet passe 1, 2.

03Les étapes et leurs dates
Certaines étapes sont des sites datés où l'on a trouvé des restes humains, comme la grotte de Bacho Kiro, en Bulgarie 5. Le trajet y passe à la date publiée.
D'autres étapes sont des sites où l'on n'a trouvé que des outils de pierre, sans reste humain. C'est le cas de Kara-Bom, dans les monts Altaï, en Sibérie. Les chercheurs attribuent ces outils à Homo sapiens d'après la façon dont la pierre a été taillée. Rybin et ses collègues 6 rattachent ceux de Kara-Bom au Paléolithique supérieur initial. Ce nom désigne une façon de tailler la pierre en lames, de longs éclats tranchants. Selon eux, elle apparaît il y a environ 50 000 ans au Levant, sur la côte est de la Méditerranée. Ils associent sa diffusion vers l'est à celle d'Homo sapiens.

04Quand une terre se colore
L'Afrique continentale se colore d'un coup à l'âge des fossiles de Jebel Irhoud, un site du Maroc. Avant 2017, les plus anciens fossiles connus d'Homo sapiens venaient d'Afrique de l'Est. Cette année-là, Richter et ses collègues 8 ont daté ceux de Jebel Irhoud d'environ 315 000 ans. Selon eux, c'étaient alors les plus anciens fossiles connus de l'espèce. Jebel Irhoud est loin de l'Afrique de l'Est. Pour ces auteurs, l'espèce est donc peut-être apparue dans plusieurs régions d'Afrique, plutôt qu'en une seule.

Au fil d'un trajet migratoire, sa couleur s'étend peu à peu aux terres voisines. Au Sahul, en Europe et dans les Amériques, elle part du point d'arrivée de la lignée ; elle y avance plus lentement en montagne.

En Europe et dans les Amériques, la vitesse de propagation de la couleur est réglée pour qu'elle atteigne un site à la date publiée. Pour l'Europe, ce site est Kent's Cavern, une grotte d'Angleterre 9. Pour les Amériques, c'est Monte Verde, un site archéologique du Chili 10. Au Sahul, la couleur couvre le continent en 5 000 ans environ. C'est la durée du peuplement dans une simulation par ordinateur de Bradshaw et ses collègues 11.
Partout ailleurs, la couleur avance d'un peu plus d'un kilomètre par an, quel que soit le relief. Elle franchit les bras de mer d'une centaine de kilomètres au plus. Les îles plus éloignées, comme Madagascar, l'Islande ou la Nouvelle-Calédonie, restent sans couleur. Elles ne se colorent qu'au présent, avec toutes les terres habitées aujourd'hui. La couleur d'une terre ne donne donc pas la date de son peuplement.
05Région par région
L'Asie du Sud-Ouest. Sur la planète, les trajets quittent l'Afrique de l'Est il y a 70 000 ans. Selon Vallini et ses collègues 12, la sortie d'Afrique a eu lieu il y a 70 000 à 60 000 ans. Pour ces auteurs, les ancêtres des populations actuelles d'Eurasie, d'Océanie et des Amériques ont ensuite vécu sur le plateau iranien. Ils y sont restés jusqu'à il y a environ 45 000 ans. Tobler et ses collègues 13 situent plutôt ce séjour dans la péninsule Arabique, où il aurait duré environ 30 000 ans. Sur la planète, les deux trajets orangés se rejoignent il y a 50 000 ans, la date que donne le ruban. Leur point de rencontre est au pied des monts Zagros, entre ces deux régions. Le trajet du Sahul en part il y a 49 000 ans, quand le ruban sépare les lignées de l'est et de l'ouest.
Le Sahul. Les deux branches du trajet du Sahul y arrivent il y a environ 47 000 ans. C'est l'âge que donnent O'Connell et Allen 14 à sa première occupation. Cet âge est débattu. Clarkson et ses collègues 15 font remonter à environ 65 000 ans l'occupation humaine de Madjedbebe, un abri sous roche du nord de l'Australie. O'Connell et ses collègues 16 jugent peu vraisemblable un âge de plus de 50 000 ans pour ce site. L'étude génétique de Gandini et ses collègues 4 soutient au contraire une arrivée il y a 65 000 à 60 000 ans.
Sümer et ses collègues 17 ont analysé les plus anciens génomes d'Homo sapiens connus. Selon eux, toutes les populations non africaines étudiées portent de l'ADN néandertalien hérité d'un même métissage. Ce métissage date d'il y a 49 000 à 45 000 ans. Les peuples autochtones d'Australie et de Nouvelle-Guinée en portent aussi la trace. Si ce métissage est bien unique, leurs ancêtres ont atteint le Sahul il y a moins de 49 000 ans.
L'Europe. Selon Slimak et ses collègues 18, des Homo sapiens étaient présents à la grotte Mandrin, en France, il y a 56 800 à 51 700 ans. Ces auteurs y voient une incursion en territoire néandertalien. La planète ne la montre pas, car elle ne donne qu'une arrivée par région. En Europe, cette arrivée est celle de la grotte de Bacho Kiro, en Bulgarie, il y a environ 45 000 ans 5.
Hajdinjak et ses collègues 19 ont analysé l'ADN des humains de Bacho Kiro. Ils les trouvent génétiquement plus proches des populations d'Asie de l'Est et des Amériques que des habitants plus tardifs de l'ouest de l'Eurasie. Fu et ses collègues 20 n'ont trouvé aucun indice que les premiers Homo sapiens d'Europe aient contribué au patrimoine génétique des Européens actuels. La couleur de l'Europe part pourtant de Bacho Kiro, le site daté de l'arrivée sur le ruban.

Les Amériques. Le trajet des Amériques part de la grotte de Tianyuan, en Chine. Il s'arrête en Béringie il y a 25 000 ans. Selon Moreno-Mayar et ses collègues 21, les ancêtres des Amérindiens cessent alors de se métisser avec les populations d'Asie de l'Est. Le trajet repart il y a 24 500 ans. Selon Praetorius et ses collègues 22, une période favorable au passage par la côte du Pacifique commence à cette date. Selon eux, la nourriture marine y était variée toute l'année. Ils ajoutent qu'on pouvait longer la côte en bateau ou à pied sur la glace de mer. Le trajet longe cette côte avant de gagner l'intérieur des terres. Il atteint White Sands il y a environ 22 000 ans, dans la fourchette d'âge des empreintes du site 7.

Llamas et ses collègues 23 situent il y a environ 16 000 ans l'arrivée des ancêtres des Amérindiens au sud des calottes glaciaires. Pinotti et ses collègues 24 la placent il y a moins de 19 500 ans. Ces deux études s'appuient sur l'ADN. Les empreintes de White Sands sont donc plus anciennes que les deux datations. Selon Willerslev et Meltzer 25, les premiers arrivés aux Amériques comprenaient des groupes sans descendants connus. Si les empreintes viennent de tels groupes, leur âge et ces datations sont compatibles.
Le Pacifique lointain. Pour cette région, les dates sont des années du calendrier, comme sur le ruban. La Polynésie orientale comprend Hawaï, l'île de Pâques et la Nouvelle-Zélande. Ses archipels ont été les dernières terres habitables peuplées par les humains 26. Sur la planète, l'île de Pâques et la Nouvelle-Zélande portent leurs noms polynésiens, Rapa Nui et Aotearoa. Le trajet du Pacifique lointain part de la côte chinoise du Fujian. Il passe par Taïwan, puis par Luçon, aux Philippines. De Luçon, une branche gagne les îles Mariannes, peuplées vers 1500 avant notre ère 27. Le trajet principal passe ensuite par le Vanuatu et les Fidji. Il atteint les Tonga, peuplées vers 900 avant notre ère 28, puis les îles Samoa.
Ioannidis et ses collègues 29 ont reconstitué l'ordre du peuplement d'après les génomes de 430 insulaires actuels. Selon eux, les Polynésiens sont passés des îles Samoa aux îles Cook, puis aux îles de la Société au XIe siècle. Wilmshurst et ses collègues 26 ont rassemblé les datations au carbone 14 de la région. D'après ces datations, les îles de la Société ont au contraire été peuplées avant les îles Cook. La planète montre l'ordre proposé par Ioannidis et ses collègues. Le trajet s'arrête aux îles de la Société jusque vers 1200. C'est la date d'arrivée que le ruban donne pour la région. Les branches vers Rapa Nui, Hawaï et Aotearoa partent des îles de la Société.

