PEUPLEMENT
Bacho Kiro : sapiens arrive en Europe
il y a ~45 000 ans
Paléolithique · Paléolithique supérieur · Dernier glaciaire
Dans la grotte de Bacho Kiro, en Bulgarie, des fragments d'os datés d'environ 45 000 ans attestent la plus ancienne présence solidement documentée d'Homo sapiens en Europe.
La grotte de Bacho Kiro, dans le nord de la Bulgarie, a livré les plus anciens restes d'Homo sapiens d'Europe assortis d'un ancrage complet, datés d'environ 45 000 ans et publiés en 2020, associés à un outillage nouveau et à des pendeloques taillées dans des dents d'ours des cavernes. Les fragments osseux humains, trop petits pour être identifiés d'après leur morphologie, ont été reconnus parmi des milliers d'esquilles animales par analyse de leur collagène : la composition de cette protéine varie légèrement selon l'espèce, et la spectrométrie de masse permet de l'attribuer sans caractère anatomique visible, procédure désignée par l'acronyme ZooMS. Les génomes obtenus portent des ancêtres néandertaliens remontant à quelques générations, et rattachent ces populations aux peuples ultérieurs d'Asie orientale et des Amériques plutôt qu'aux Européens postérieurs.
Pourquoi c’est important
Le site documente un peuplement de l'Europe par implantations successives plutôt que par une occupation unique. Les populations de Bacho Kiro se sont mêlées aux Néandertaliens présents, puis leur lignée a disparu du continent, ses parents les plus proches se situant à l'est ; d'autres vagues ont ensuite modifié la composition de l'ascendance européenne. Le modèle d'une arrivée unique se substituant aux populations en place est ainsi remplacé par une succession de migrations, de métissages et d'extinctions locales.
Datation et incertitude
Le radiocarbone appliqué directement aux restes humains et à la couche qui les contenait date l'ensemble entre 45 820 et 43 650 ans calibrés, avec un début possible dès 46 940. Les génomes de trois individus se placent entre 45 930 et 42 580 ans ; leurs segments néandertaliens y demeurent longs, la recombinaison n'ayant pas eu le temps de les fragmenter, ce qui situe ces ancêtres à quelques générations seulement. Des traces plus anciennes de l'espèce ont été revendiquées ailleurs en Europe, sans réunir cette triple documentation osseuse, lithique et génétique.
L’histoire de l’espèce en une journée
20:34:173 h 26 min avant minuit
si les 315 000 ans d’Homo sapiens étaient ramenés à un seul jour