GÉNÉTIQUE × PEUPLEMENT

Oust-Ichim : le plus ancien génome moderne

il y a ~45 000 ans

Paléolithique · Paléolithique supérieur · Dernier glaciaire

Un fémur de Sibérie occidentale, vieux d'environ 45 000 ans, a livré le plus ancien génome de haute qualité d'un humain moderne.

Le plus ancien génome d'Homo sapiens séquencé à ce jour provient d'un unique fémur, trouvé en Sibérie occidentale et désigné sous le nom d'Oust-Ichim, d'après le lieu de sa découverte. L'homme dont il provient est mort il y a environ 45 000 ans, et son ADN s'était assez bien conservé pour qu'une séquence de haute qualité soit publiée en 2014. Il appartenait à une population qui vivait avant la séparation entre Eurasiens de l'Ouest et de l'Est, ou au moment même de cette séparation, et son génome contient à peu près autant d'ascendance néandertalienne que celui des Eurasiens actuels. Mais la longueur des segments hérités compte plus que leur proportion : à chaque génération, lorsque les chromosomes sont rebattus avant qu'une cellule ne devienne un gamète, les blocs transmis par un ancêtre sont découpés un peu plus court, si bien qu'un bloc long signale un ancêtre récent. Ses segments néandertaliens sont nettement plus longs que tous ceux que l'on trouve dans les génomes des vivants, ce qui situe le métissage 7 000 à 13 000 ans avant lui.

Pourquoi c’est important

Jusque-là, on ne pouvait dater la rencontre avec Néandertal qu'à partir des génomes des vivants, où 45 000 années supplémentaires de brassage ont usé le signal. Un génome lui-même ancien est plus proche de l'événement : le métissage se place entre 60 000 et 50 000 ans environ avant le présent, donc près de la sortie d'Afrique et non longtemps après elle. Et lorsqu'on compare ce génome à ceux des populations qui ont suivi, on n'y détecte aucun apport de cet homme : il est un témoin de l'expansion, non un ancêtre.

Datation et incertitude

Le radiocarbone date l'os d'environ 45 000 ans, et l'horloge génétique donne le même résultat : appliquée à cinq génomes du Paléolithique supérieur, la méthode fondée sur la recombinaison fournit des âges très proches de leurs âges radiocarbone, et donne au passage un intervalle moyen entre générations de 26 à 30 ans. Ce qui a été contesté depuis, c'est le rang de plus ancien. Le génome d'un crâne de Zlatý kůň, en Tchéquie, séquencé en 2021, contient des segments néandertaliens plus longs que ceux d'Oust-Ichim : cette femme vivait donc plus près du métissage et, selon toute vraisemblance, avant lui. Si cette lecture se confirme, Oust-Ichim n'est plus le plus ancien génome moderne séquencé, mais il reste le repère, parce que son âge, lui, est fixé par une date radiocarbone.

L’histoire de l’espèce en une journée

20:34:173 h 26 min avant minuit

si les 315 000 ans d’Homo sapiens étaient ramenés à un seul jour

Aller plus loin

Parcourir toutes les fiches