SANTÉ × GÉNÉTIQUE
El Sidrón, régime et remèdes de Néandertal
il y a ~49 000 ans
Paléolithique · Paléolithique supérieur · Dernier glaciaire
El Sidrón est une grotte des Asturies, dans le nord de l'Espagne, qui a livré les restes d'au moins douze Néandertaliens. Plusieurs ont conservé leur tartre dentaire, cette plaque durcie qui s'accumule sur les dents, retient tout ce qui passe par la bouche et le scelle pour des dizaines de milliers d'années. En 2017, l'analyse de l'ADN ancien conservé dans ce tartre n'a trouvé aucune trace de viande chez les individus d'El Sidrón : champignons, pignons de pin et mousse indiquent une cueillette sous couvert forestier, alors que le tartre des Néandertaliens de Spy, en Belgique, contenait de l'ADN de rhinocéros laineux et de mouflon, faune de steppe ouverte. L'un des individus d'El Sidrón souffrait d'un abcès dentaire et hébergeait un pathogène intestinal chronique ; les auteurs ont trouvé dans son tartre ce qu'ils interprètent comme les traces d'une automédication. Une étude chimique antérieure avait déjà retrouvé dans le même dépôt des traces de fumée de bois, d'amidons cuits, d'achillée millefeuille et de camomille, deux plantes amères de peu de valeur nutritive.
Pourquoi c’est important
Deux interprétations sont en jeu ici, l'une sur le régime des Néandertaliens, l'autre sur leurs remèdes. Le contraste entre le tartre espagnol et le tartre belge montre une subsistance qui épouse l'habitat local, alors que les Néandertaliens passaient encore pour des mangeurs de viande partout où ils vivaient. L'interprétation médicinale est plus fragile et ouvertement discutée ; mais même dans sa version la plus prudente, elle suppose que des plantes sans valeur alimentaire sont parvenues jusqu'à la bouche d'un malade, et que quelqu'un les avait choisies.
Datation et incertitude
Un fragment osseux de la grotte donne un âge radiocarbone de 48 400 +/- 3 200 ans, obtenu par un protocole d'ultrafiltration qui débarrasse le collagène des contaminations modernes ; les datations directes tentées plus tôt sur les fossiles humains s'étaient dispersées entre 10 000 et 50 000 ans, d'où la nécessité de redater l'ensemble. L'occupation se place ainsi entre environ 50 600 et 47 300 ans avant le présent. L'incertitude porte sur l'âge, non sur le contenu du tartre, que l'on analyse directement dans le dépôt. Elle touche en revanche la comparaison avec Spy, car rapprocher deux groupes suppose qu'ils aient été contemporains.
Sources
- Weyrich et al. (2017), Nature · Neanderthal behaviour, diet, and disease inferred from ancient DNA in dental calculusdoi:10.1038/nature21674
- Hardy et al. (2012), Naturwissenschaften · Neanderthal medics? Evidence for food, cooking, and medicinal plants entrapped in dental calculusdoi:10.1007/s00114-012-0942-0
- Krief et al. (2015), Antiquity · Flavouring food: the contribution of chimpanzee behaviour to the understanding of Neanderthal calculus composition and plant use in Neanderthal dietsdoi:10.15184/aqy.2014.7
- Wood et al. (2013), Archaeometry · A new date for the Neanderthals from El Sidrón Cave (Asturias, northern Spain)doi:10.1111/j.1475-4754.2012.00671.x
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