PEUPLEMENT × ENVIRONNEMENT × GÉNÉTIQUE

Yana, les premiers humains de l'Arctique

il y a ~31 600 ans

Paléolithique · Paléolithique supérieur · Dernier glaciaire

Yana RHS est un campement paléolithique de la basse vallée de la Yana, dans le nord-est de la Sibérie, par 71 degrés de latitude nord, bien au-delà du cercle polaire. Sa couche archéologique est datée d'environ 27 000 années radiocarbone, soit ~31 600 années réelles une fois la mesure calibrée ; à sa publication, en 2004, cet âge était deux fois plus ancien que toute occupation humaine alors connue dans l'Arctique. Ses occupants y vivaient en pleine période glaciaire ; ils façonnaient l'ivoire de mammouth et la corne de rhinocéros en avant-fûts, ces sections amovibles qui portent la pointe d'une lance, et ont laissé des perles décorées, des pendeloques et des aiguilles, l'outillage du vêtement cousu. En 2019, deux dents de lait fragmentaires du site, les restes humains pléistocènes les plus septentrionaux connus, ont livré les génomes de deux hommes sans lien de parenté, issus d'une population jusque-là inconnue, les Anciens Sibériens du Nord, apparentée de loin aux premiers chasseurs-cueilleurs d'Eurasie occidentale et détachée d'eux vers 38 000 ans, peu après la séparation entre Eurasiens de l'Ouest et Asiatiques de l'Est.

Pourquoi c’est important

Vivre au-delà du cercle polaire en pleine période glaciaire, une dizaine de milliers d'années avant le dernier maximum glaciaire, supposait des aiguilles pour coudre les vêtements et un armement d'ivoire ; Yana montre que Homo sapiens disposait des deux bien avant la phase la plus froide de l'ère glaciaire. Les génomes donnent aussi au campement sa place dans le peuplement de deux continents. Les Anciens Sibériens du Nord ont été plus tard largement remplacés par des groupes d'origine est-asiatique ; une lignée apparentée, connue par l'enfant de Mal'ta près du lac Baïkal, a pourtant fourni environ 40 % de l'ascendance des Amérindiens. Les premiers Américains portent donc, par une lignée sœur, l'héritage de ces pionniers de l'Arctique.

Datation et incertitude

Deux chiffres coexistent parce qu'une année radiocarbone n'est pas une année du calendrier : la teneur de l'atmosphère en carbone 14 a varié, de sorte qu'une mesure de 27 000 années radiocarbone (2004), ou d'environ 28 000 (2012), se calibre en ~31 600 ans, l'âge retenu ici avec une marge d'un millier d'années de part et d'autre, soit ~32 500 à ~30 500 ans. Reste à préciser en quoi Yana est le plus ancien : c'est le plus ancien site arctique qui réunisse un outillage complet et des restes humains, non la plus ancienne trace de présence humaine dans l'Arctique. Un mammouth abattu par près de 72 degrés nord, dans l'Arctique sibérien central, est daté de 45 000 ans ; si ce site d'abattage est admis, l'homme est entré dans l'Arctique plus de dix mille ans avant Yana, et le campement marque la plus ancienne installation conservée plutôt que la première arrivée.

Sources

  1. Pitulko et al. (2004), Science · The Yana RHS Site: Humans in the Arctic Before the Last Glacial Maximumdoi:10.1126/science.1085219
  2. Sikora et al. (2019), Nature · The population history of northeastern Siberia since the Pleistocenedoi:10.1038/s41586-019-1279-z
  3. Pitulko et al. (2012), Antiquity · The oldest art of the Eurasian Arctic: personal ornaments and symbolic objects from Yana RHS, Arctic Siberiadoi:10.1017/s0003598x00047827
  4. Pitulko et al. (2016), Science · Early human presence in the Arctic: Evidence from 45,000-year-old mammoth remainsdoi:10.1126/science.aad0554

L’histoire de l’espèce en une journée

21:35:322 h 24 min avant minuit

si les 315 000 ans d’Homo sapiens étaient ramenés à un seul jour

Aller plus loin

Parcourir toutes les fiches