CROYANCES × PEUPLEMENT

Lac Mungo, les sépultures les plus anciennes

il y a ~40 000 ans

Paléolithique · Paléolithique supérieur · Dernier glaciaire

Le lac Mungo, dans l'ouest de la Nouvelle-Galles du Sud, est à sec depuis des millénaires, et la dune qui borde son ancien rivage s'érode sans cesse, rendant ce que son sable avait couvert. Deux tombes en sont sorties : un corps brûlé, la plus ancienne crémation connue, et un homme étendu puis saupoudré d'ocre rouge. Vingt-cinq datations par luminescence optique, méthode qui mesure depuis combien de temps des grains de quartz enfouis ont été soustraits à la lumière du jour, placent les deux sépultures à 40 000 ans, à 2 000 ans près, et attestent une présence humaine au bord du lac dès 50 000 à 46 000 ans. Un sédiment prélevé dans la tombe même, coulé dans la résine et oublié trente ans au fond d'un placard, a été daté grain par grain en 2006 : il donne 41 000 ans, à 4 000 ans près.

Pourquoi c’est important

Les deux manières connues de traiter les morts avec cérémonie apparaissent en un même lieu et, autant que la datation permette d'en juger, au même moment : le feu sur un corps, le pigment sur l'autre. Chacune suppose une décision sur ce qui est dû à un cadavre, et c'est leur réunion qui rend le site singulier. Ces tombes attestent en outre une présence humaine au bord d'un lac de l'intérieur, sur le continent habité le plus sec, à une époque où ce lac oscillait entre remplissage et assèchement avant une longue sécheresse. Et ces morts sont les ancêtres de communautés actuelles : les restes incinérés ont été rendus aux propriétaires traditionnels du pays en 1992, et les travaux menés au bord du lac se font depuis avec eux.

Datation et incertitude

Deux chronologies ont été publiées pour la sépulture à l'ocre. En 1999, une étude combinant résonance de spin électronique et séries de l'uranium donne 62 000 +/- 6 000 ans, avec un sédiment d'enfouissement à 61 000 +/- 2 000 ans, et conclut que le continent avait été peuplé pendant ou avant le stade froid de 71 000 à 57 000 ans. En 2003, vingt-cinq âges optiques sur la dune donnent 40 000 +/- 2 000 ans pour les deux sépultures, et une mesure directe sur le sédiment de la tombe donne 41 000 +/- 4 000 ans en 2006. L'écart n'a rien d'un détail : à 62 000 ans, ces tombes précéderaient l'essentiel des indices du peuplement de l'Australie ; à 40 000 ans, elles le suivent.

Sources

  1. Bowler et al. (2003), Nature · New ages for human occupation and climatic change at Lake Mungo, Australiadoi:10.1038/nature01383
  2. Thorne et al. (1999), Journal of Human Evolution · Australia's oldest human remains: age of the Lake Mungo 3 skeletondoi:10.1006/jhev.1999.0305
  3. Olley et al. (2006), Quaternary Science Reviews · Single-grain optical dating of grave-infill associated with human burials at Lake Mungo, Australiadoi:10.1016/j.quascirev.2005.07.022
  4. Bowler (2009), Archaeology in Oceania · Legacy of an Ice Age: foreworddoi:10.1002/j.1834-4453.2009.tb00049.x

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