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Soungir, les tombes de l'âge de glace

il y a ~34 000 ans

Paléolithique · Paléolithique supérieur · Dernier glaciaire

Soungir est un gisement du Paléolithique supérieur de la région de Vladimir, en Russie d'Europe. Les fouilles qu'O. N. Bader y a conduites en 1964 et 1969 ont mis au jour la tombe d'un homme adulte et une tombe double où reposaient deux adolescents. Les corps avaient reçu de l'ocre et portaient plus de dix mille petites perles d'ivoire de mammouth, retrouvées en rangs encore en place le long du corps, autour de la taille, sur les membres et sur la tête, ce que les archéologues interprètent comme la trace de vêtements ornés ; des lances d'ivoire de mammouth et des dents de renard percées les accompagnaient. La datation directe des squelettes a longtemps donné des résultats contradictoires, de 19 160 à 28 800 années radiocarbone, parce que les consolidants appliqués aux os dans les années 1960 avaient contaminé leur collagène ; en ne datant qu'un seul acide aminé de ce collagène, l'hydroxyproline, on s'affranchit du contaminant, et l'on obtient alors le même âge pour toutes les sépultures, environ 30 000 années radiocarbone, soit ~34 000 années du calendrier. En 2017, les génomes de quatre des inhumés ont été séquencés.

Pourquoi c’est important

Les quatre génomes de Soungir apportent une réponse que les os seuls ne pouvaient donner : qui était enterré avec qui. Les individus n'étaient pas de proches parents, bien qu'ils viennent d'une population de petit effectif, et ils ne montrent pas plus de consanguinité que les chasseurs-cueilleurs actuels, dont les petites bandes échangent des partenaires au sein d'un réseau bien plus vaste. Cette organisation, nécessaire au maintien d'une petite population, existait donc déjà il y a 34 000 ans. Une seconde leçon vient des tombes elles-mêmes : tous les morts n'ont pas reçu le même traitement, et certaines différences semblent correspondre à des anomalies pathologiques individuelles, signe précoce d'une société qui distinguait ses membres.

Datation et incertitude

Les datations directes des squelettes de Soungir allaient de 19 160 à 28 800 années radiocarbone, et les dates par ultrafiltration obtenues ensuite, de 26 000 à 27 000 ans, étaient encore sous-estimées : les consolidants appliqués aux os après la fouille contaminaient le collagène. Les dates sur l'hydroxyproline, acide aminé isolé de ce collagène et exempt du contaminant, sont statistiquement indiscernables pour Soungir 1 à 4, vers 29 000 à 30 000 années radiocarbone ; calibrées, elles placent l'occupation entre 38 900 et 32 630 ans environ et les sépultures vers ~34 000 ans, chiffre retenu ici avec les bornes 35 000 et 33 000. Si les dates jeunes avaient été justes, les tombes auraient quelque 4 000 ans de moins et perdraient leur rang parmi les plus anciennes sépultures élaborées d'Eurasie.

Sources

  1. Sikora et al. (2017), Science · Ancient genomes show social and reproductive behavior of early Upper Paleolithic foragersdoi:10.1126/science.aao1807
  2. Nalawade-Chavan et al. (2014), PLoS ONE · New Hydroxyproline Radiocarbon Dates from Sungir, Russia, Confirm Early Mid Upper Palaeolithic Burials in Eurasiadoi:10.1371/journal.pone.0076896
  3. Khlopachev et al. (2024), Camera Praehistorica · Ivory beads of the Sungir Paleolithic site: shapes and features of their alternation in set decorationsdoi:10.31250/2658-3828-2024-1-24-47
  4. Trinkaus et al. (2018), Antiquity · Diversity and differential disposal of the dead at Sunghirdoi:10.15184/aqy.2017.223

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