ART

Apollo 11, premier art figuratif d'Afrique

il y a ~30 000 ans

Paléolithique · Paléolithique supérieur · Dernier glaciaire

Apollo 11 est un abri sous roche des monts Huns, dans la région du Karas, au sud de la Namibie ; il conserve la plus longue séquence archéologique du Pléistocène final et de l'Holocène connue dans le pays. D'une seule couche d'occupation de ses dépôts du Middle Stone Age proviennent sept plaquettes de pierre portant des images figuratives peintes, le seul art figuratif africain solidement daté du Pléistocène final ; W. E. Wendt les a mises au jour et publiées en 1976 comme les plus anciennes œuvres d'art datées d'Afrique. La couche est datée par le radiocarbone en spectrométrie de masse et par la luminescence stimulée optiquement, qui mesure le temps écoulé depuis la dernière exposition des grains de quartz à la lumière du jour, à environ 30 000 ans. L'analyse des pigments, en 2016, a montré comment les images ont été faites : du noir tiré de minéraux de manganèse et de charbon de bois, du rouge probablement issu d'un schiste ocreux, du blanc peut-être obtenu de coquille d'œuf d'autruche, appliqués en mélanges préparés à la manière d'une peinture et aussi sous forme de crayons minéraux et carbonés.

Pourquoi c’est important

L'art figuratif, la représentation reconnaissable d'un être vivant, passe souvent pour un marqueur d'une cognition pleinement moderne, et ses plus anciens exemples datés ont longtemps été cherchés en Europe avant d'être connus aussi à Sulawesi. Apollo 11 atteste la même capacité en Afrique australe à la même époque, il y a ~30 000 ans, et l'analyse des pigments montre qu'elle reposait sur une véritable technique, avec des peintures préparées à partir de plusieurs minéraux et des crayons pour dessiner. Les témoignages africains restent rares, sept sites pléistocènes au sud du Sahara, tous des trouvailles fortuites de pièces mobilières : cette rareté plaide pour une tradition trop peu cherchée plutôt qu'absente.

Datation et incertitude

Les plaquettes viennent d'une seule couche anthropique datée par le radiocarbone AMS et par la luminescence stimulée optiquement à environ 30 000 ans ; un bilan de 2013 sur l'art pléistocène subsaharien les situe « dès ~32 000 ans », ce qui fixe la borne ancienne retenue ici. Aucun des résumés publiés n'appuie la borne récente de 26 000 ans : la date est sûre comme ordre de grandeur, ~30 000 ans, mais la précision d'une fourchette de 30 000 à 26 000 ans ne l'est pas en l'état. Quelle que soit la borne préférée, les plaquettes restent du même ordre d'ancienneté que le premier art pariétal d'Europe.

Sources

  1. Rifkin et al. (2016), Journal of Archaeological Science: Reports · Characterising pigments on 30 000-year-old portable art from Apollo 11 Cave, Karas Region, southern Namibiadoi:10.1016/j.jasrep.2015.11.028
  2. Vogelsang et al. (2010), Journal of African Archaeology · New Excavations of Middle Stone Age Deposits at Apollo 11 Rockshelter, Namibia: Stratigraphy, Archaeology, Chronology and Past Environmentsdoi:10.3213/1612-1651-10170
  3. Wendt (1976), The South African Archaeological Bulletin · 'Art Mobilier' from the Apollo 11 Cave, South West Africa: Africa's Oldest Dated Works of Artdoi:10.2307/3888265
  4. Beaumont et al. (2013), Palethnologie · A Brief Overview of Major Pleistocene Palaeoart Sites in Sub-Saharan Africadoi:10.4000/palethnologie.2869

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