GÉNÉTIQUE × PEUPLEMENT
Le génome de l'enfant de Mal'ta
il y a ~24 000 ans
Paléolithique · Paléolithique supérieur · Dernier glaciaire · Dernier maximum glaciaire
Mal'ta est un site du Paléolithique supérieur au bord de la Belaïa, près du lac Baïkal, dans le sud de la Sibérie centrale, fouillé de 1928 à 1958 ; il a livré, entre autres, une trentaine de statuettes féminines du type dit des Vénus, rares en Sibérie, et le squelette d'un jeune garçon inhumé il y a quelque 24 000 ans. Son génome, séquencé en 2014, était alors le plus ancien génome d'humain moderne jamais lu. L'essentiel tient à une absence : l'enfant n'a aucune affinité étroite avec les Asiatiques de l'Est ; son ADN mitochondrial appartient à l'haplogroupe U, fréquent chez les chasseurs-cueilleurs de l'Europe glaciaire, et son chromosome Y comme son génome nucléaire se placent à la base de la lignée des Eurasiens de l'Ouest actuels. Des populations apparentées aux Eurasiens de l'Ouest vivaient donc loin vers le nord-est il y a 24 000 ans, dans une lignée aujourd'hui nommée les Anciens Eurasiens du Nord ; et ce même génome se révèle par ailleurs étroitement apparenté à celui des Amérindiens actuels.
Pourquoi c’est important
Le génome de Mal'ta révèle la double ascendance des premiers Américains, qui n'étaient pas simplement des Asiatiques de l'Est passés par la Béringie : leur génome est un mélange, dont l'une des deux parts vient de cette lignée du nord de l'Eurasie, pour 14 à 38 % selon l'estimation. Le mélange s'est fait après la séparation des ancêtres des Amérindiens d'avec les Asiatiques de l'Est et avant leur diversification en Amérique ; l'enfant d'Anzick, enterré au Montana avec des outils Clovis il y a quelque 12 600 ans, le porte déjà. La même lignée a aussi contribué au génome des Européens : une part de l'ascendance ouest-eurasienne des Amérindiens actuels est donc ancienne, et non le seul legs des métissages postérieurs à Colomb.
Datation et incertitude
L'âge de ~24 000 ans est celui de la date radiocarbone de l'enfant, calibrée ; les bornes de 24 500 et 23 500 ans retenues ici traduisent l'arrondi du « approximativement 24 000 » publié. La date compte moins que le moment du mélange, placé après la séparation entre ancêtres des Amérindiens et Asiatiques de l'Est et avant 12 600 ans, l'âge de l'enfant d'Anzick ; un génome plus tardif du Paléolithique supérieur de la région du Baïkal porte déjà l'ascendance combinée, ce qui situe la population mêlée en Sibérie. Un mélange postérieur au passage en Amérique aurait exigé que l'ascendance nord-eurasienne y entre séparément, ce que le génome d'Anzick, qui la porte déjà, rend improbable.
Sources
- Raghavan et al. (2014), Nature · Upper Palaeolithic Siberian genome reveals dual ancestry of Native Americansdoi:10.1038/nature12736
- Yu et al. (2020), Cell · Paleolithic to Bronze Age Siberians Reveal Connections with First Americans and across Eurasiadoi:10.1016/j.cell.2020.04.037
- Rasmussen et al. (2014), Nature · The genome of a Late Pleistocene human from a Clovis burial site in western Montanadoi:10.1038/nature13025
- Lazaridis et al. (2014), Nature · Ancient human genomes suggest three ancestral populations for present-day Europeansdoi:10.1038/nature13673
L’histoire de l’espèce en une journée
22:10:171 h 50 min avant minuit
si les 315 000 ans d’Homo sapiens étaient ramenés à un seul jour