SUBSISTANCE
Pinnacle Point : les premiers coquillages
il y a ~164 000 ans
Paléolithique · Paléolithique moyen · Glaciaire saalien
Sur la côte sud-africaine, des humains mangeaient des coquillages et utilisaient du pigment il y a environ 164 000 ans : c'est la plus ancienne exploitation connue de la mer comme source de nourriture.
Pinnacle Point est un ensemble de grottes marines situé sur la côte sud de l'Afrique du Sud, près de Mossel Bay, dans la province du Cap-Occidental. La grotte référencée PP13B a livré, dans des niveaux datés d'environ 164 000 ans, des restes de coquillages marins, du pigment travaillé et de petits outils lamellaires, associés à des résidus de foyers répartis dans l'ensemble de la séquence. Ces vestiges constituent la plus ancienne attestation connue d'une exploitation humaine de ressources alimentaires marines. L'occupation se place au cours du stade isotopique marin 6, l'une des phases numérotées que les géologues lisent dans la composition chimique des fonds océaniques, les nombres pairs désignant les périodes froides : pendant celle-ci, majoritairement glaciaire, une grande partie de l'Afrique connaît un climat plus froid et plus sec.
Pourquoi c’est important
Ces occupations ont donné lieu à l'hypothèse dite du refuge côtier. Selon celle-ci, la conjonction de la flore du Cap, riche en plantes à bulbes et à tubercules, et d'eaux côtières très productives aurait offert deux ressources alimentaires stables au moment où l'intérieur du continent s'asséchait. Leur stabilité tient à leur nature même : un bulbe conserve sous terre une réserve d'amidon disponible hors saison, et un banc de coquillages occupe une position fixe, découverte à chaque marée basse, donc prévisible dans l'espace et dans le temps, à la différence du gibier. Plusieurs auteurs voient dans ce littoral le milieu qui aurait permis à Homo sapiens de traverser l'une des phases climatiques les plus défavorables de son histoire ; cette interprétation reste débattue. Indépendamment d'elle, le site documente l'intégration régulière des ressources marines à l'alimentation humaine, ainsi que l'usage contemporain de pigments et d'un outillage lamellaire.
Datation et incertitude
La datation repose sur la luminescence stimulée optiquement (OSL), appliquée aux sédiments de la grotte, qui situe les niveaux concernés à 164 000 ± 12 000 ans. La méthode date le sable lui-même, et non ce qu'il contient. Son principe est le suivant : la radioactivité naturelle du sol communique lentement de l'énergie aux grains de quartz enfouis, qui la retiennent tant qu'ils demeurent dans l'obscurité, et la lumière la libère. Un grain exposé au jour est ainsi remis à zéro au moment de son enfouissement ; l'éclairer au laboratoire restitue l'énergie accumulée depuis, dont la quantité mesure la durée de l'enfouissement. L'âge obtenu correspond à la plus ancienne attestation connue, et non nécessairement au début de la pratique : les rivages contemporains de ces occupations sont aujourd'hui immergés, à la suite de la remontée postglaciaire du niveau marin, ce qui interdit de conclure de l'absence de sites plus anciens à l'absence de la pratique elle-même.
L’histoire de l’espèce en une journée
11:30:1712 h 30 min avant minuit
si les 315 000 ans d’Homo sapiens étaient ramenés à un seul jour