ART × CROYANCES

Krapina, les serres d'aigle de Néandertal

il y a ~130 000 ans

Paléolithique · Paléolithique moyen · Eemien

Krapina est un gisement néandertalien du nord de la Croatie, fouillé entre 1899 et 1905, dont les niveaux ont livré huit serres de pygargue à queue blanche et une phalange de pied associée, toutes issues d'une même couche placée vers 130 000 ans. Quatre serres portent plusieurs traces de découpe aux bords adoucis, les huit présentent des facettes de polissage ou une abrasion, et les trois plus grandes montrent une petite encoche au même endroit sous la lame. Les auteurs d'une étude de 2015 interprètent ces marques comme les traces d'un montage, et proposent que l'ensemble ait appartenu à une parure portée en collier ou en bracelet. Un examen ultérieur mené sur une serre a mis au jour, scellée sous un film de silicate dans une trace de découpe, une fibre d'origine animale au collagène dégradé, peut-être un reste du lien en cuir ou en tendon qui réunissait les serres, avec deux ocres distinctes et du charbon.

Pourquoi c’est important

La fabrication de parures a longtemps passé pour une signature des humains modernes, et les trouvailles de ce type dans des dépôts néandertaliens étaient expliquées par l'imitation de populations nouvellement arrivées. À Krapina, dans un cas au moins, cette explication ne tient pas : les serres proviennent d'un niveau bien antérieur à toute présence d'humains modernes en Europe, et il n'y avait donc personne à imiter. La conclusion publiée est que les Néandertaliens de Krapina ont recueilli puis gardé ces serres d'aigle dans une intention symbolique, formule qui affirme une intention sans affirmer un sens.

Datation et incertitude

Les huit serres et la phalange associée proviennent d'une même couche à Krapina, donnée dans les publications comme approximativement 130 000 ans plutôt que comme un intervalle mesuré ; une fourchette de 140 000 à 120 000 ans couvre cette approximation. La marge ne touche pas à l'argument, puisque les humains modernes sont entrés en Europe bien plus tard. Tout repose sur la provenance : si les pièces étaient intrusives, venues d'une couche plus récente, le raisonnement s'effondrerait ; tout tient donc à ce que les auteurs affirment avec insistance, à savoir que les neuf pièces viennent d'un seul et même niveau. La lecture symbolique elle-même est présentée comme une hypothèse qu'il reste à éprouver.

Sources

  1. Radovčić et al. (2015), PLOS ONE · Evidence for Neandertal Jewelry: Modified White-Tailed Eagle Claws at Krapinadoi:10.1371/journal.pone.0119802
  2. Radovčić et al. (2020), Scientific Reports · Surface analysis of an eagle talon from Krapinadoi:10.1038/s41598-020-62938-4
  3. Frayer et al. (2020), Current Anthropology · Krapina and the Case for Neandertal Symbolic Behaviordoi:10.1086/712088

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