TECHNIQUE
Le brai de bouleau, première colle
il y a ~200 000 ans
Paléolithique · Paléolithique moyen · MIS 7
Le brai de bouleau est une matière noire et collante que l'écorce ne libère pas d'elle-même : on l'obtient en chauffant cette écorce à l'abri de l'air, et c'est la plus ancienne matière de synthèse que l'on connaisse, fabriquée par les premiers humains. Les pièces les plus anciennes viennent de Campitello, en Toscane : deux éclats de silex partiellement enduits, prélevés dans un dépôt fluviatile de graviers et d'argiles, près des ossements d'un jeune éléphant antique adulte. Aucun éclat n'a été daté directement. Les micromammifères trouvés avec eux et la géologie du banc les placent dans un épisode froid antérieur au stade isotopique marin 6, à la fin du stade 7, soit vers 200 000 ans. Des trouvailles postérieures montrent comment ce brai était obtenu : la comparaison chimique menée sur les deux morceaux de Königsaue, en Allemagne, avec des brais expérimentaux produits selon les techniques de l'âge de la pierre indique une distillation dans un dispositif souterrain creusé exprès, fermé à l'air, où l'opération se déroulait hors de vue.
Pourquoi c’est important
L'emmanchement change ce que peut faire un tranchant : tenu à la main, il coupe ; fixé à un manche, il devient épieu ou hache, et la force du bras parvient jusqu'à une pointe. Le brai assure cette jonction. Sa fabrication nourrit aussi un débat sur les capacités mentales des Néandertaliens, et ce débat a changé deux fois de sens. Les chercheurs y ont d'abord vu la preuve d'une planification et d'une maîtrise du feu, parce qu'un récipient étanche et une plage étroite de températures semblaient nécessaires ; des expérimentations ont ensuite montré que des dispositifs bien plus simples produisent des quantités utiles. L'analyse de Königsaue a de nouveau inversé la conclusion : la méthode simple existait, mais ce n'est pas elle qui a servi.
Datation et incertitude
Rien ne date directement les éclats de Campitello. Leur position dans le temps se déduit des micromammifères trouvés avec eux et de la géologie du banc, qui indiquent un épisode froid antérieur au stade isotopique marin 6 ; l'ensemble est attribué à la fin du stade 7, soit environ 200 000 ans, dans un encadrement allant de 250 000 à 180 000 ans. Ce qui en dépend est l'ancienneté de la technique et non son existence, que la chimie des morceaux de Königsaue établit. Une attribution plus récente annulerait le seul témoignage d'un brai déjà fabriqué avant le stade 6.
Sources
- Mazza et al. (2006), Journal of Archaeological Science · A new Palaeolithic discovery: tar-hafted stone tools in a European Mid-Pleistocene bone-bearing beddoi:10.1016/j.jas.2006.01.006
- Villa et al. (2016), PLOS ONE · The Acheulian and Early Middle Paleolithic in Latium (Italy): Stability and Innovationdoi:10.1371/journal.pone.0160516
- Kozowyk et al. (2017), Scientific Reports · Experimental methods for the Palaeolithic dry distillation of birch bark: implications for the origin and development of Neandertal adhesive technologydoi:10.1038/s41598-017-08106-7
- Schmidt et al. (2023), Archaeological and Anthropological Sciences · Production method of the Königsaue birch tar documents cumulative culture in Neanderthalsdoi:10.1007/s12520-023-01789-2
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