ENVIRONNEMENT

L'Eemien : le dernier interglaciaire

il y a ~130 000 à 115 000 ans

Paléolithique · Paléolithique moyen · Eemien

L'Eemien, il y a environ 130 000 à 115 000 ans, est le dernier intervalle chaud avant le nôtre, avec des mers plus hautes de plusieurs mètres qu'aujourd'hui.

L'Eemien est l'intervalle chaud qui sépare les deux dernières glaciations. Dans les archives marines, il correspond au stade isotopique 5e, placé par convention entre 130 000 et 116 000 ans avant le présent. À la surface des océans, le réchauffement reste modeste : d'après un réseau de températures de la mer reconstituées en de nombreux points, Hoffman et ses collègues estiment que la moyenne annuelle mondiale dépasse au plus fort de 0,5 °C celle des années 1870 à 1889, une valeur statistiquement indiscernable de celle des années 1995 à 2014. Pour la température du globe, les estimations publiées vont de l'absence de différence statistiquement significative avec aujourd'hui à près de 2 °C de plus. Les hautes latitudes se réchauffent bien davantage : de 3 à 5 °C au-dessus des valeurs actuelles. Les rivages coralliens soulevés, datés par l'uranium et le thorium, placent le niveau marin 5,5 à 9 mètres au-dessus de l'actuel, ce qui suppose des calottes plus petites qu'aujourd'hui au Groenland comme en Antarctique. Sur les continents, les forêts mixtes s'installent en Europe vers 127 000 ans, puis cèdent au nord-ouest devant une végétation ouverte après 115 000 ans.

Des éléphants à défenses droites (Palaeoloxodon antiquus) dans un paysage européen de l'Eemien, où des prairies et des bois clairsemés bordent une forêt dense. Reconstitution peinte par Brennan Stokkermans pour l'étude de Pearce et ses collègues (2023) sur la végétation de cette période.
Des éléphants à défenses droites (Palaeoloxodon antiquus) dans un paysage européen de l'Eemien, où des prairies et des bois clairsemés bordent une forêt dense. Reconstitution peinte par Brennan Stokkermans pour l'étude de Pearce et ses collègues (2023) sur la végétation de cette période.Brennan Stokkermans, dans Pearce et al. (2023), Science Advances, CC BY 4.0

Pourquoi c’est important

Cet intervalle constitue l'analogue naturel le plus récent d'un monde plus chaud que celui d'avant l'ère industrielle, et sa leçon tient dans l'écart entre un signal thermique faible et une réponse marine forte. Avec un réchauffement d'un demi-degré en moyenne à la surface des océans, bien plus fort aux hautes latitudes, le niveau marin a atteint 5,5 à 9 mètres au-dessus de l'actuel. Les auteurs des reconstitutions du niveau marin en tirent la même leçon : les calottes répondent à de faibles variations du forçage radiatif, et demeurent vulnérables sur le long terme à un réchauffement modéré mais durable.

Datation et incertitude

Les deux bornes tiennent autant à la convention qu'à la mesure. Le stade isotopique 5e est daté par corrélation avec les âges uranium-thorium obtenus sur les récifs coralliens soulevés, et fixé par convention entre 130 000 et 116 000 ans ; les séquences polliniques européennes placent les forêts eemiennes un peu plus tard, de 127 000 à 115 000 ans. Le chiffre du niveau marin a lui aussi sa marge : 5,5 à 9 mètres au-dessus de l'actuel d'après les rivages coralliens, au moins 6,6 mètres avec une probabilité de 95 pour cent d'après un modèle statistique. Ce que cette marge déplace, c'est la part attribuée à chaque calotte, non la conclusion que les deux étaient plus petites qu'aujourd'hui.

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