SUBSISTANCE
Ohalo II, des céréales avant l'agriculture
il y a ~23 000 ans
Paléolithique · Paléolithique supérieur · Dernier glaciaire · Dernier maximum glaciaire
Ohalo II est un campement de pêcheurs-chasseurs-cueilleurs établi sur la rive du lac de Tibériade, en Israël, occupé pendant le dernier maximum glaciaire et recouvert depuis par les eaux du lac. Gorgés d'eau, les sédiments ont conservé ce qui pourrit d'ordinaire : le sol de huttes de branchages et quelque 150 000 restes végétaux carbonisés, où plus de 140 espèces récoltées ont été reconnues. Le blé et l'orge sauvages y étaient réduits en farine sur une pierre. Treize espèces qui comptent aujourd'hui parmi les mauvaises herbes des champs cultivés se mêlent, dans cet ensemble, à l'amidonnier, à l'orge et à l'avoine sauvages. Ces plantes s'installent sur un sol remué et dégagé par l'homme : les fouilleurs voient donc dans leur présence l'indice d'un essai de culture de céréales sauvages, à petite échelle, onze millénaires avant les premiers villages agricoles de la région.
Pourquoi c’est important
À Ohalo II, onze millénaires séparent la mise en culture de la domestication, ce qui contredit l'idée d'une agriculture inventée d'un coup : les adventices de terrain remué suggèrent que des hommes entretenaient des plantes restées sauvages par leur forme, alors que les caractères héréditaires d'une céréale domestique n'apparaissent que bien plus tard. Ces mêmes graines font aussi remonter de quelque dix mille ans l'entrée du grain dans l'alimentation humaine, puisque les graminées à petites graines, plus tard supplantées par les céréales, constituaient ici une nourriture de base. L'agriculture apparaît dès lors moins comme un seuil franchi une fois que comme la consolidation d'une habitude bien plus ancienne.
Datation et incertitude
Ohalo II est daté entre 23 500 et 22 500 ans calibrés avant le présent, dans le dernier maximum glaciaire, et ses publications arrondissent ce résultat à 23 000 ans ; cinq siècles de part et d'autre ne changent rien aux onze millénaires qui séparent le campement des premiers agriculteurs. C'est l'interprétation des graines qui reste discutée. Un relevé de terrain mené dans le Levant sud actuel a montré que les mêmes adventices poussent dans les peuplements non cultivés de céréales sauvages comme dans les champs, de sorte que leur présence ne vaut plus comme signature d'une mise en culture. Si l'on suit ce relevé, Ohalo II atteste une cueillette intensive, et l'hypothèse d'une parcelle d'essai tombe.
Sources
- Snir et al. (2015), PLOS ONE · The Origin of Cultivation and Proto-Weeds, Long Before Neolithic Farmingdoi:10.1371/journal.pone.0131422
- Weiss et al. (2004), Proceedings of the National Academy of Sciences · The broad spectrum revisited: Evidence from plant remainsdoi:10.1073/pnas.0402362101
- Steiner et al. (2022), PLOS ONE · Abundance or stress? Faunal exploitation patterns and subsistence strategies: The case study of Brush Hut 1 at Ohalo II, a submerged 23,000-year-old camp in the Sea of Galilee, Israeldoi:10.1371/journal.pone.0262434
- Weide et al. (2021), Environmental Archaeology · The Association of Arable Weeds with Modern Wild Cereal Habitats: Implications for Reconstructing the Origins of Plant Cultivation in the Levantdoi:10.1080/14614103.2021.1882715
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