PEUPLEMENT × TECHNIQUE
La culture Clovis
il y a ~13 000 ans
Paléolithique · Paléolithique supérieur · Dernier glaciaire
Clovis est le plus ancien ensemble archéologique à large diffusion défini en Amérique du Nord, et on le reconnaît à une pointe d'arme particulière : des éclats étaient détachés à la base d'une pointe de pierre pour l'amincir, ce qui laissait la rainure appelée cannelure. Le geste est difficile à apprendre et coûteux à exécuter, et il a pourtant servi d'un bout à l'autre du continent ; des essais mécaniques sur répliques indiquent qu'une base cannelée encaisse et répartit le choc de l'impact, ce qui aurait rendu la pointe plus durable loin des sources de pierre taillable connues. Trente-deux mesures radiocarbone provenant de dix sites situent l'ensemble dans une fourchette calibrée allant de 13 050 à 12 750 ans avant le présent, trois siècles tout au plus. Selon ces mêmes mesures, Clovis apparaît à la fin d'une phase tempérée et disparaît quand s'installe le froid du Dryas récent, au moment même où s'éteignent les derniers proboscidiens d'Amérique du Nord.
Pourquoi c’est important
Clovis a longtemps été tenu pour le plus ancien témoignage certain d'une présence humaine dans les Amériques, et, une fois ce rang perdu, la question s'est posée autrement. Les travaux de datation par le radiocarbone qui ont resserré l'ensemble sur trois siècles ont aussi montré que des hommes vivaient dans les Amériques avant lui : Clovis apparaît dès lors comme une technique qui s'est diffusée parmi des populations déjà en place, non comme une migration fondatrice. Le génome d'un jeune enfant inhumé avec des outils Clovis, au Montana, porte l'ascendance sibérienne que l'on retrouve chez les Amérindiens actuels, et les auteurs de l'étude rattachent cet enfant à une population dont beaucoup d'entre eux descendent directement.
Datation et incertitude
Les bornes viennent de trente-deux mesures radiocarbone sur os, charbon et restes végétaux carbonisés, dont la calibration donne une fourchette maximale d'environ 13 050 à 12 750 ans avant le présent. Avec une fenêtre aussi étroite, trois siècles, le rôle que l'on peut prêter à Clovis se trouve limité : une technique ne saurait être la cause d'un processus commencé avant elle. Une révision antérieure, publiée en 2007, donnait 11 050 à 10 800 ans radiocarbone : ce n'est pas une estimation concurrente, mais la même chronologie lue avant calibration, les années radiocarbone et les années du calendrier s'écartant de quelque deux mille ans à cette profondeur du temps.
Sources
- Waters et al. (2020), Science Advances · The age of Clovis-13,050 to 12,750 cal yr B.P.doi:10.1126/sciadv.aaz0455
- Waters et al. (2007), Science · Redefining the Age of Clovis: Implications for the Peopling of the Americasdoi:10.1126/science.1137166
- Rasmussen et al. (2014), Nature · The genome of a Late Pleistocene human from a Clovis burial site in western Montanadoi:10.1038/nature13025
- Thomas et al. (2017), Journal of Archaeological Science · Explaining the origin of fluting in North American Pleistocene weaponrydoi:10.1016/j.jas.2017.03.004
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