SUBSISTANCE × GÉNÉTIQUE
La domestication des bovins
il y a ~10 500 ans
Néolithique · Néolithique · Holocène · Groenlandien
Les bovins taurins ont été domestiqués à partir de l'aurochs, Bos primigenius, au Proche-Orient voici quelque 10 500 ans. L'aurochs a disparu, mais son génome a été séquencé à partir d'un os britannique vieux d'environ 6 750 ans, puis comparé à celui des races actuelles : l'animal sauvage se place hors de la lignée domestique et non en son sein, ce qui appuie une origine proche-orientale des troupeaux européens. Le nombre de bêtes capturées est une autre question, et l'on y répond en comptant plutôt qu'en fouillant : les séquences mitochondriales de quinze bovins iraniens, du Néolithique à l'âge du Fer, confrontées par modélisation à la variation actuelle, donnent un stock fondateur d'environ quatre-vingts femelles. Un chiffre aussi bas s'accorde à un processus circonscrit et malaisé, l'aurochs sauvage étant difficile à garder et à faire reproduire. Le zébu, bovin à bosse, a été domestiqué séparément dans la vallée de l'Indus.
Pourquoi c’est important
Une lignée aujourd'hui élevée sur tous les continents remonte à quatre-vingts femelles environ : pour un animal aussi répandu, le commencement est étroit. La lignée ne s'est pourtant pas refermée sur elle-même : des aurochs sauvages se sont recroisés avec les premiers troupeaux, en Grande-Bretagne et en Irlande peut-être parce que les éleveurs regarnissaient délibérément leur cheptel de bêtes sauvages, et les troupeaux proche-orientaux de l'âge du Bronze ont reçu massivement une ascendance zébu. Ce dernier changement est passé par les taureaux et non par les vaches, et il coïncide avec une sécheresse de plusieurs siècles : les éleveurs auraient retenu des mâles endurants à l'aridité pour garder leurs bêtes en vie.
Datation et incertitude
Le chiffre de 10 500 ans vaut pour les bovins taurins du Proche-Orient et repose autant sur l'archéozoologie que sur la génétique ; les bornes retenues ici, 11 000 à 10 000 ans, couvrent l'éventail des estimations publiées. Le nombre de domestications, lui, reste en débat. L'analyse de plus de trois mille animaux appartenant à cent quatre-vingts populations en retient deux, dans le Croissant fertile et dans la vallée de l'Indus, plutôt que trois ; un troisième foyer proposé dans le désert occidental d'Égypte s'explique plutôt par le croisement des bovins africains avec les aurochs locaux. Si ce troisième foyer se confirmait, les bovins d'Afrique auraient été domestiqués sur place, au lieu de descendre d'un cheptel importé.
Sources
- Bollongino et al. (2012), Molecular Biology and Evolution · Modern Taurine Cattle Descended from Small Number of Near-Eastern Foundersdoi:10.1093/molbev/mss092
- Verdugo et al. (2019), Science · Ancient cattle genomics, origins, and rapid turnover in the Fertile Crescentdoi:10.1126/science.aav1002
- Pitt et al. (2018), Evolutionary Applications · Domestication of cattle: Two or three events?doi:10.1111/eva.12674
- Park et al. (2015), Genome Biology · Genome sequencing of the extinct Eurasian wild aurochs, Bos primigenius, illuminates the phylogeography and evolution of cattledoi:10.1186/s13059-015-0790-2
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