GÉNÉTIQUE

L'Ève mitochondriale

il y a ~200 000 ans

Paléolithique · Paléolithique moyen · MIS 7

Tous les humains vivants tiennent leur ADN mitochondrial d'une seule femme qui vivait en Afrique il y a environ 200 000 ans, une ancêtre parmi beaucoup d'autres.

L'Ève mitochondriale est le nom donné, dans la littérature de vulgarisation, à l'ancêtre commun matrilinéaire le plus récent de l'humanité actuelle, c'est-à-dire à la femme dont tous les êtres humains vivants descendent par une chaîne ininterrompue de filiations maternelles. La notion repose sur un caractère de l'ADN mitochondrial : les mitochondries, structures cellulaires productrices d'énergie, possèdent un ADN propre que l'enfant reçoit de sa mère seule, si bien que sa généalogie ne comporte aucune branche paternelle. Une étude publiée en 1987 a reconstitué à partir de cet ADN, prélevé sur 147 personnes de cinq régions du monde, un arbre unique dont la racine se situait il y a environ 200 000 ans, vraisemblablement en Afrique. Une étude ultérieure portant sur 189 personnes, dont 121 Africains, a confirmé la structure de l'arbre, marquée par de nombreuses branches profondes menant exclusivement à des populations africaines, et a placé cet ancêtre entre 166 000 et 249 000 ans.

Schéma d'une cellule et de ses mitochondries, les éléments qui produisent son énergie. L'ADN mitochondrial est leur petit chromosome circulaire ; il se transmet de la mère à ses enfants.
Schéma d'une cellule et de ses mitochondries, les éléments qui produisent son énergie. L'ADN mitochondrial est leur petit chromosome circulaire ; il se transmet de la mère à ses enfants.National Human Genome Research Institute, domaine public

Pourquoi c’est important

La notion donne lieu à un contresens fréquent, qui découle de la méthode employée : l'arbre ne comporte qu'une seule ligne parce que l'ADN mitochondrial n'en transmet qu'une. L'ancêtre en question n'était ni la première femme ni la seule de son époque, et ses contemporaines ont elles aussi des descendants vivants, mais non par une suite ininterrompue de filles. Chaque autre portion du génome possède son propre arbre et son propre ancêtre commun, le plus souvent bien plus ancien. Ce que la racine mitochondriale établit est que les branches les plus profondes de la généalogie humaine se situent en Afrique, les populations extra-africaines n'en formant qu'un rameau récent.

Datation et incertitude

L'estimation est statistique et non paléontologique. La méthode compte les différences entre génomes mitochondriaux et les convertit en durée, ce qui suppose connue la vitesse d'accumulation de ces différences. Ce taux constitue le point faible du calcul : les valeurs proposées conduisent à des âges compris entre environ 100 000 et 250 000 ans, l'étude de 1991, calibrée sur le chimpanzé, donnant 166 000 à 249 000 ans. La dénomination est conservée ici en raison de son usage répandu, et non parce que l'humanité descendrait d'une seule femme, ce que la génétique des populations contredit.

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