CROYANCES
Shanidar, Néandertal enterrait-il ses morts ?
il y a ~70 000 ans (débattu)
Paléolithique · Paléolithique moyen · Dernier glaciaire
La grotte de Shanidar, au Kurdistan irakien, est devenue une référence du Paléolithique après que Ralph Solecki y eut mis au jour des restes néandertaliens, au milieu du vingtième siècle. Solecki soutenait que certains de ces individus étaient morts sous des chutes de blocs et, de façon plus controversée, que d'autres avaient été mis en terre selon des rites, l'un d'eux sur des fleurs : des amas de pollen entouraient, dans le sol, le squelette connu sous le nom de Shanidar 4. Une fouille récente a dégagé, tout près du même endroit, le haut du corps d'un adulte néandertalien en connexion anatomique, c'est-à-dire dont les os occupaient encore leur position d'origine. C'était le premier squelette néandertalien en connexion trouvé depuis plus de vingt-cinq ans, et la stratigraphie qui l'entoure suggère une inhumation intentionnelle.
Pourquoi c’est important
Ce qui se joue là est le monde mental d'une autre espèce humaine. Un corps placé puis recouvert à dessein suppose un projet, une décision partagée et une forme d'égard envers le mort ; un corps enseveli par un éboulement ou par la lente accumulation des sédiments ne suppose rien de tel. Aucun site ne tranche à lui seul, et les squelettes néandertaliens en connexion restent rares. Celui de Shanidar offre une occasion peu commune d'étudier les pratiques funéraires de cette espèce avec les techniques archéologiques actuelles, sur des ossements relevés là où ils reposaient.
Datation et incertitudeDébattu
Dans ce dossier, l'âge est la donnée la moins assurée : les squelettes proviennent des niveaux paléolithiques de la grotte, et 70 000 ans n'est qu'une approximation. Mais le débat ne porte pas sur ce chiffre ; il porte sur ce que ces corps signifient. Sur un site français, douze années de fouilles reprises ont mis au jour une fosse creusée de main humaine et un corps recouvert rapidement, ce que les fouilleurs ont interprété comme une inhumation volontaire ; une relecture critique des mêmes données a jugé que chacun de ces indices ne résistait pas à l'examen, ou s'accordait aussi bien avec d'autres explications. À Shanidar, le pollen ne plaide plus pour une sépulture fleurie : certains amas ont probablement été laissés par des abeilles solitaires qui nichaient dans le sol, même si les squelettes forment un groupe serré, disposé à dessein.
Sources
- Pomeroy et al. (2020), Antiquity · New Neanderthal remains associated with the 'flower burial' at Shanidar Cavedoi:10.15184/aqy.2019.207
- Hunt et al. (2023), Journal of Archaeological Science · Shanidar et ses fleurs? Reflections on the palynology of the Neanderthal 'Flower Burial' hypothesisdoi:10.1016/j.jas.2023.105822
- Rendu et al. (2014), Proceedings of the National Academy of Sciences · Evidence supporting an intentional Neandertal burial at La Chapelle-aux-Saintsdoi:10.1073/pnas.1316780110
- Dibble et al. (2015), Journal of Archaeological Science · A critical look at evidence from La Chapelle-aux-Saints supporting an intentional Neandertal burialdoi:10.1016/j.jas.2014.04.019
L’histoire de l’espèce en une journée
18:40:005 h 20 min avant minuit
si les 315 000 ans d’Homo sapiens étaient ramenés à un seul jour