TECHNIQUE
La machine d'Anticythère
~IIe siècle avant notre ère
Histoire · Antiquité · Holocène · Méghalayen
La machine d'Anticythère est un instrument grec à engrenages de bronze, remonté en 1901 d'une épave romaine, au large de l'île d'Anticythère. Il en subsiste environ un tiers, soit 82 fragments où l'on compte 30 roues dentées corrodées. L'appareil calculait et affichait des données célestes : les phases de la Lune, un calendrier luni-solaire, les éclipses à venir, lues sur un cadran en spirale de 223 mois lunaires, et le retour tous les quatre ans des jeux panhelléniques. Ces éclipses n'étaient pas observées mais calculées, d'après des cycles arithmétiques babyloniens, si bien que l'instrument fournissait des prédictions pour des dates que ses constructeurs ne verraient jamais. Ce que l'on en sait vient surtout de l'imagerie : la photographie de surface et la tomographie à rayons X, appliquées en 2005, ont restitué les trains d'engrenages et doublé le nombre d'inscriptions lisibles. Le rouage traduit en mécanique la théorie par laquelle Hipparque rendait compte de l'irrégularité du mouvement lunaire, et des inscriptions nommant les cinq planètes connues de l'Antiquité signalent un affichage frontal perdu, celui du cosmos grec.
Pourquoi c’est important
Rien d'une complexité comparable ne subsiste des mille années suivantes : l'objet donne donc la mesure d'un savoir-faire dont les textes antiques gardent à peine la trace, celui d'une mécanique hellénistique capable non seulement de formuler une théorie astronomique, mais de la couler dans le bronze. L'appareil réunit aussi deux formes de temps que l'on étudie d'ordinaire séparément : le rouage qui suit la Lune compte aussi le retour des jeux, et le même train d'engrenages affiche les cycles des institutions grecques et ceux du ciel.
Datation et incertitude
Deux faisceaux d'indices servent à dater l'instrument, et ils ne concordent pas. Les inscriptions et le contexte technique placent sa construction vers la fin du IIe siècle avant notre ère, tandis que le cadran des éclipses porte son propre point de départ : les éclipses gravées s'accordent au mieux avec les éclipses réelles si le premier mois de la série correspond à une pleine Lune de 205 avant notre ère, soit avant le IIe siècle où l'on situe Hipparque. On ignore si cette époque date la machine elle-même ou seulement la table astronomique qu'elle recopie, et donc si le rouage suit la théorie d'Hipparque ou la devance. Le naufrage du navire romain qui transportait l'instrument est plus tardif encore : la date du naufrage n'est pas celle de la fabrication.
Sources
- Freeth et al. (2006), Nature · Decoding the ancient Greek astronomical calculator known as the Antikythera Mechanismdoi:10.1038/nature05357
- Freeth et al. (2008), Nature · Calendars with Olympiad display and eclipse prediction on the Antikythera Mechanismdoi:10.1038/nature07130
- Freeth et al. (2021), Scientific Reports · A Model of the Cosmos in the ancient Greek Antikythera Mechanismdoi:10.1038/s41598-021-84310-w
- Carman et al. (2014), Archive for History of Exact Sciences · On the epoch of the Antikythera mechanism and its eclipse predictordoi:10.1007/s00407-014-0145-5
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