GÉNÉTIQUE × PEUPLEMENT

La découverte des Dénisoviens

2010

Histoire · Époque contemporaine · Holocène · Méghalayen

Les Dénisoviens sont une population humaine éteinte, identifiée par son ADN avant qu'aucun fossile ne permette de la reconnaître. En 2010, un génome mitochondrial complet a été séquencé à partir d'un fragment de phalange exhumé deux ans plus tôt dans la grotte de Denisova, dans les monts Altaï, au sud de la Sibérie : la séquence ne correspondait à aucun type connu, et son ancêtre commun avec l'ADN mitochondrial des Néandertaliens et des hommes modernes remontait à environ un million d'années. Un génome nucléaire tiré du même os, publié en décembre avec une couverture d'environ 1,9 fois, soit chaque position lue près de deux fois en moyenne, a donné du même individu une autre image : la population dont il provient partage une origine avec les Néandertaliens, et elle a transmis 4 à 6 % de son matériel génétique aux Mélanésiens actuels. Les deux résultats ne se contredisent pas : un génome mitochondrial ne suit qu'une seule lignée maternelle, alors qu'un génome nucléaire reflète l'ensemble de l'ascendance. Le nom de Dénisoviens a été proposé dans le second article, avec une molaire de la grotte au génome mitochondrial très proche.

Pourquoi c’est important

Une population humaine a reçu son nom de son génome, ce qui a inversé l'ordre habituel de la paléoanthropologie : au lieu d'un squelette décrit puis classé, il y a eu une séquence, à laquelle il a fallu ensuite rapporter des fossiles. Il en résulte que le groupe est mieux attesté chez les vivants que par ses fossiles : son héritage génétique subsiste chez des populations établies à des milliers de kilomètres de la grotte, en Mélanésie. Un génome séquencé à haute couverture, chaque position lue de nombreuses fois, publié en 2012, a ensuite permis de mesurer la diversité génétique de ces hominines, qui s'est révélée extrêmement faible.

Datation et incertitude

L'année désigne une publication, non un os. Le fragment de phalange a été exhumé en 2008 ; son génome mitochondrial a paru en mars 2010, le génome nucléaire du même os en décembre, et la population n'a reçu son nom qu'avec le second. Le mois retenu change ce que l'on date. En mars, on venait de reconnaître une lignée inconnue et de placer sa divergence vers un million d'années, ce qui semblait en faire un groupe très éloigné ; en décembre, elle avait un nom, un groupe frère, les Néandertaliens eux-mêmes, et une descendance parmi les vivants. L'âge de l'os lui-même relève d'une autre mesure, et l'année retenue ici n'en dit rien.

Sources

  1. Krause et al. (2010), Nature · The complete mitochondrial DNA genome of an unknown hominin from southern Siberiadoi:10.1038/nature08976
  2. Reich et al. (2010), Nature · Genetic history of an archaic hominin group from Denisova Cave in Siberiadoi:10.1038/nature09710
  3. Meyer et al. (2012), Science · A high-coverage genome sequence from an archaic Denisovan individualdoi:10.1126/science.1224344
  4. Stringer et al. (2015), Proceedings of the National Academy of Sciences · Deciphering the Denisovansdoi:10.1073/pnas.1522477112

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