SUBSISTANCE × SOCIÉTÉS

Le plus ancien vin, en Géorgie

~6000 avant notre ère

Néolithique · Néolithique · Holocène · Northgrippien

Deux villages néolithiques de Géorgie, dans le sud du Caucase, ont livré de grandes jarres de poterie dont les parois retiennent des composés organiques absorbés, interprétés comme un résidu de vin de raisin, vers 6000 à 5800 avant notre ère. Ces jarres comptent parmi les premières poteries fabriquées au Proche-Orient et forment le type le plus répandu sur les sites de la culture Shulaveri-Shomutepe ; leur très grande contenance suggère des récipients servant tour à tour à fermenter, à vieillir et à servir. La démonstration chimique repose sur l'acide tartrique, présent dans le raisin et ses produits : la spectrométrie infrarouge et un test coloré propre à cet acide l'ont détecté en 1993 dans une jarre du Zagros iranien, établissant que ce vase avait très probablement contenu du vin. En Géorgie, la chimie est confortée par des restes végétaux associés à une jarre de même type et de même date : pollen de raisin, amidon, fragments d'épiderme.

Pourquoi c’est important

Faire fermenter un fruit transforme une récolte qui pourrit en quelques jours en une boisson qui se garde, et cela exige un récipient assez vaste pour contenir le moût pendant que les levures travaillent. Le vin arrive donc avec la poterie plutôt qu'avant elle, et les jarres qui portent la plus ancienne preuve comptent parmi les premiers pots de la région. Le résidu montre aussi la limite de la méthode : une signature chimique renseigne sur la plante et non sur l'usage, et ne dit donc pas si le liquide était bu au quotidien, offert ou échangé. Une boisson fermentée plus ancienne est connue en Chine, faite de riz, de miel et de fruits dès le septième millénaire avant notre ère : une autre boisson, non un vin plus ancien.

Datation et incertitude

Les jarres sont placées vers 6000 à 5800 avant notre ère, soit il y a ~8 000 ans, dans un intervalle de 8 000 à 7 800 ans ; l'occupation des sites se prolonge jusque vers 5000 avant notre ère, si bien qu'un tesson issu d'un niveau tardif ne daterait pas le vin. L'identification elle-même est contestée dans son principe. Hirsch, en 2025, admet la présence d'acide tartrique sur les tessons mais soutient que le premier produit tiré du raisin a pu être le pekmez, un sirop de raisin cuit, et non le vin : le même acide signalerait alors le fruit sans signaler la fermentation. Si cette lecture l'emporte, la Géorgie perd le titre de plus ancien vin, sans que la preuve d'un traitement du raisin à cette date en soit ébranlée.

Sources

  1. McGovern et al. (2017), Proceedings of the National Academy of Sciences · Early Neolithic wine of Georgia in the South Caucasusdoi:10.1073/pnas.1714728114
  2. Michel et al. (1993), Analytical Chemistry · The first wine & beer. Chemical detection of ancient fermented beveragesdoi:10.1021/ac00056a002
  3. McGovern et al. (2004), Proceedings of the National Academy of Sciences · Fermented beverages of pre- and proto-historic Chinadoi:10.1073/pnas.0407921102
  4. Hirsch (2025), Turkish Journal of Archaeological Sciences · First Pekmez and Later Winedoi:10.63167/tjas.2025.5

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