SANTÉ × TECHNIQUE

Leeuwenhoek découvre les microbes

1676

Histoire · Époque moderne · Holocène · Méghalayen

Antonie van Leeuwenhoek, drapier à Delft et titulaire d'une licence d'arpenteur, polissait lui-même ses lentilles et adressait à la Royal Society ce qu'elles lui montraient. Sa dix-huitième lettre, datée d'octobre 1676, décrit des créatures vivantes que nul ne pouvait voir sans instrument, grouillant dans une eau de pluie restée quelques jours dans un pot de terre, et proliférant dans des infusions de poivre écrasé ; il les juge dix mille fois plus petites que les puces d'eau déjà connues. Ses appareils ne sont pas les microscopes composés de l'époque, mais une lentille unique sertie dans une plaque de laiton, qui grossit de 25 à 250 fois environ. Faute d'unité pour de telles tailles, il les donne par comparaison, avec le grain de sable, la graine de millet et le cheveu, et ses estimations approchent les valeurs mesurées depuis. Henry Oldenburg traduit la lettre et en publie des extraits en 1677. La reconnaissance tarde : seule une lentille aussi bonne permettait de vérifier, et Leeuwenhoek a dû joindre le témoignage écrit de huit personnes.

Pourquoi c’est important

Tout un ordre du vivant est ainsi décrit, puis reste longtemps sans suite. Il faudra plus d'un siècle et demi pour que la microscopie devienne le socle sur lequel on comprendra que les microbes causent les maladies infectieuses et recyclent les éléments chimiques de la biosphère ; les lettres des années 1670 décrivent des organismes dont personne n'était encore en mesure de soupçonner l'importance. Ce que Leeuwenhoek avait vu n'a été identifié qu'au vingtième siècle, lorsque ses descriptions ont été rapprochées de cellules bactériennes observées à une résolution plus fine que le millième de millimètre.

Datation et incertitude

L'année dépend de l'acte que l'on décide de dater. La lettre qui décrit les petits animaux est datée d'octobre 1676 ; la Royal Society en publie une version traduite et abrégée en 1677 ; et la lettre elle-même situe en 1675 la première observation, celle de créatures dans une eau de pluie stagnante. Les récits qui font de la découverte des micro-organismes un travail partagé avec Robert Hooke l'étalent de 1665 à 1683, de la Micrographia à la description des bactéries prélevées dans la bouche de Leeuwenhoek lui-même. Aucune de ces dates n'est contestée ; ce que le choix change, c'est ce que l'on appelle découverte : une observation, une lettre ou une publication.

Sources

  1. Lane (2015), Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences · The unseen world: reflections on Leeuwenhoek (1677) 'Concerning little animals'doi:10.1098/rstb.2014.0344
  2. Gest (2004), Notes and Records of the Royal Society of London · The discovery of microorganisms by Robert Hooke and Antoni van Leeuwenhoek, Fellows of The Royal Societydoi:10.1098/rsnr.2004.0055
  3. Cocquyt et al. (2021), Science Advances · Neutron tomography of Van Leeuwenhoek's microscopesdoi:10.1126/sciadv.abf2402
  4. Davis (2022), FEMS Microbiology Letters · Antoni van Leeuwenhoek: defining proportion in the microscopic realm during the 17th centurydoi:10.1093/femsle/fnac025

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