Décor reconstitué· Les colonnes du temps

La longue marche

75 ka → 45 ka

Ce décor montre la sortie d'Afrique d'Homo sapiens, puis son arrivée en Australie : une file clairsemée de marcheurs, des mangroves (forêts littorales qui poussent dans l'eau salée), une embarcation au bord de l'eau et des kangourous.

Décor représentant la marche d'Homo sapiens de l'Afrique à l'Australie : une file de marcheurs clairsemée pour le petit nombre de ceux qui sont partis, des mangroves pour l'hypothèse d'une route côtière, une embarcation pour les traversées en mer et des kangourous pour la faune trouvée à l'arrivée.

Ce que montrent les données

La file de marcheurs est clairsemée parce que ceux qui ont quitté l'Afrique étaient peu nombreux. McEvoy et ses collègues (2011) ont analysé l'ADN de personnes issues de dix-sept populations du monde entier. Leur analyse retrace, au fil du temps, la taille efficace de population, c'est-à-dire le nombre d'individus qui transmettent leurs gènes. Chez les ancêtres de ceux qui vivent aujourd'hui hors d'Afrique, elle a fortement diminué au moment de la sortie. Cette chute est la marque d'un effet fondateur : un petit groupe qui se sépare de sa population d'origine n'emporte qu'une partie de la diversité génétique de celle-ci. Selon Hallast et ses collègues (2020), les humains qui vivent aujourd'hui hors d'Afrique descendent presque entièrement de ceux qui en sont sortis en une seule fois, il y a environ 70 000 à 50 000 ans. Les mangroves illustrent l'hypothèse d'une route côtière : ces forêts bordaient une grande partie des rivages de l'océan Indien, et les marcheurs auraient longé ces rivages. Selon Erlandson et Braje (2015), elles offraient des ressources qui ont pu attirer les groupes vivant sur les côtes. L'embarcation figure parce que l'accès au Sahul, continent réunissant alors l'Australie et la Nouvelle-Guinée, exigeait des traversées en haute mer ; la plus ancienne occupation connue y est datée d'environ 65 000 ans, âge contesté par d'autres travaux qui le ramènent à 50 000 ans. Les kangourous représentent la faune que les premiers arrivants y ont trouvée : le Sahul abritait de grands mammifères, oiseaux et reptiles, parmi lesquels des kangourous de plus de 200 kilogrammes. Ces kangourous géants se sont éteints. Prideaux et ses collègues (2010) ont étudié les fossiles d'une grotte du sud-ouest de l'Australie : les premières traces humaines de la région remontent à 49 000 ans et, en moins de dix mille ans, presque tous les grands mammifères en avaient disparu. Ils en concluent que l'arrivée des humains a probablement été décisive, et rappellent qu'il y a environ 40 000 ans l'Australie avait perdu plus de 90 pour cent de ses grandes espèces animales. Hocknull et ses collègues (2020) concluent autrement pour le nord-est de l'Australie, où de très grands animaux vivaient encore à cette date et n'ont disparu qu'ensuite. Les extinctions y coïncident avec une détérioration durable du climat et de l'environnement, et ces auteurs ne retiennent pas l'hypothèse d'une extinction rapide causée par les humains dans tout le Sahul.

Bornes et conventions

Un seul paysage, un rivage à mangroves, vaut pour trente millénaires, il y a 75 000 à 45 000 ans, et pour des régions aux climats différents. Il figure la route côtière, qui reste une hypothèse : d'autres itinéraires, par l'intérieur de l'Asie, sont aussi envisagés, et le nombre de routes suivies demeure discuté. Les kangourous sont dessinés d'après les espèces actuelles : les sources de cette page ne décrivent pas l'aspect des kangourous géants disparus.

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